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Publications

Sur Hassan II

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Hassan II et le Riyal.

Le regretté général Abdelhak Kadiri, peu avant son décès, m’a raconté une anecdote amusante qu’il avait vécue avec Sa Majesté le Roi Hassan II, que Dieu ait son âme, et il m’a donné la permission de la publier :

Le général raconte : « Cela s’est passé au début des années 1970. Après notre retour à Agadir, au terme d’un long et éprouvant périple dans le sud du royaume, feu Sa Majesté le Roi Hassan II m’a chargé de distribuer des primes aux personnes qui l’avaient accompagnées lors de cette visite bénie, notamment les agents de sécurité, les autorités locales, la gendarmerie et les responsables administratifs et militaires. C’était une tradition à laquelle le roi s’astreignait lors de tous ses déplacements, à l’intérieur comme à l’extérieur du royaume. Il m’a remis des listes avec les noms des bénéficiaires, chacun recevant un montant précis, ainsi qu’une mallette contenant la somme totale nécessaire pour couvrir ces primes,

De retour à l’hôtel, je me suis mis à préparer les enveloppes en suivant les listes. Mais au final, je me suis rendu compte qu’il manquait un peu d argent, ce qui ferait que certains des bénéficiaires ne recevraient pas leurs enveloppes habituelles, et ils risquaient de protester d’une manière ou d’une autre. J’étais donc contraint d’en informer Sa Majesté et de lui faire part du montant manquant. Le roi fut surpris par cette situation, car, selon ses dires, c’était lui-même qui avait préparé les listes et calculé la somme totale.

Cependant, après avoir vérifié les chiffres que je lui avais présentés, il prit un moment de réflexion, puis me demanda : “Combien avez-vous dit que c’était exactement ?” J’ai répondu : “Tel montant en dirhams.” Il sourit alors et dit en substance : “Combien ça fait en rial ? Peut-être que l’erreur vient de là, car moi, je compte en rial et vous comptez en dirhams.”

Je fis alors ce commentaire au général : “C’est là une autre des singularités marocaines TAMAGHRIBIWIT qui caractérisaient cet homme jusqu’au bout, que Dieu l’accueille en son paradis.”

Le général Kadiri, que Dieu ait son âme, était l’une des personnes les plus proches du Roi Hassan II, étant considéré comme la deuxième personnalité du royaume a .une certaine période

Lorsqu’il fut admis à l’aile de cardiologie de l’hôpital Ibn Sina à Rabat, la même aile où le roi Hassan II décéderait plus tard, Sa Majesté appelait quotidiennement, à la même heure, le professeur Mohamed Benomar pour s’enquérir de l’état de santé du général, suivant de très près les étapes de son traitement, qui durèrent plusieurs semaines. Ce qui est étrange, me confia le professeur Benomar, que Dieu lui accorde une longue vie, c’est qu’il se rendait tous les soirs au palais royal dans le cadre de son travail en tant que cardiologue personnel du roi, et que Sa Majesté aurait pu lui demander des nouvelles du général directement sans avoir besoin de ces appels quotidiens à heure fixe, soit à 18 heures précises.

C’était là un autre aspect lumineux et remarquable des qualités du défunt roi, ajouta le professeur Benomar, que peu de gens connaissent, et qui montre son attention extrême et son grand soin envers ses proches collaborateurs.

Je pourrais publier plus tard d’autres témoignages précieux recueillis de ceux qui les ont vécus personnellement avec Sa Majesté. »

driss Kettani
Ancien ambassadeur

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Hassan II et la protection du consommateur.

À la fin de l’année 1988, au palais de Skhirat, j’ai entendu Hassan II poser une question surprenante au ministre du Commerce de l’époque : « Est-ce qu’on n’a pas dans ce pays des associations qui défendent les consommateurs, comme en France ? » Le ministre, tout aussi surpris que nous l’étions, a été pris de court par cette question inattendue. J’étais présent à cette réunion avec mon collègue Hassan Abou Ayyoub, une rencontre destinée à recevoir les instructions royales avant notre départ pour l’Algérie en tant que premiere délégation marocaine après une rupture diplomatique de treize ans, suivie de trois ans de rapprochement sincère.

Devant la confusion du ministre, Hassan II a ajouté : « Imagine que, pendant que tu prends une douche, l’eau chaude s’arrête à cause d’un problème avec le chauffe-eau fabriqué localement. Qui défend le consommateur dans ce pays ? » J’ai compris par l’un des membres de la cour royale que cet incident avait probablement touché l’un de ses proches, souvent des interlocuteurs qui lui rapportaient des anecdotes sur la vie quotidienne des Marocains, au-delà des informations officielles fournies par les services de renseignement.

Je ne sais pas quelles suites le ministre a données à cette question, mais je constate qu’aujourd’hui, nous avons plusieurs associations de défense des consommateurs, bien que leurs moyens et leurs pouvoirs soient très limités. Même le Conseil de la concurrence, créé par l’État avec un dahir en 2014, semble inefficace, comme ce fut le cas dans l’affaire des carburants. Finalement, le consommateur reste à la merci de certains producteurs qui continuent, en toute impunité, à s’entendre pour augmenter les prix, accumulant des milliards au détriment des millions de pauvres de ce pays.

Plus de trente ans après la question du défunt roi Hassan II, « Qui défend le consommateur dans ce pays ? », la situation n’a guère évolué, hormis sur le plan formel. L’existence d’associations de défense des droits des consommateurs n’a rien changé. Même lorsque ces consommateurs ont essayé de se défendre eux-mêmes en boycottant certains produits et en réclamant la restitution de ce qui leur est injustement pris, ils n’ont trouvé aucun soutien officiel ni aucune aide sociale. Aujourd’hui encore, ils se trouvent impuissants face à l’avidité de certaines entreprises, qui continuent de s’entendre entre elles pour augmenter les prix, défiant les consommateurs sans vergogne, et cela en l’absence d’un contrôle efficace de l’État, qui semble incapable de faire face à l’arrogance de ces entités protégées.

Journal Akhbar Al Yaoum : Numéro 3342

driss kettani

Ancien ambassadeur

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Lorsque Hassan II aVAIT chargé FEU Mahmoud Idrissi de transmettre son mécontentement au sujet du comportement de trois chanteuses marocaines.

Une des histoires les plus surprenantes que le regretté Mahmoud Idrissi m’a racontées concerne une mission secrète qu’il a reçue de feu Hassan II. Le roi lui avait confié la tâche délicate de transmettre son mécontentement à trois chanteuses marocaines qui avaient selon l avis de SM renoncé à leur identité marocaine en choisissant de chanter exclusivement en dialecte égyptien. Ces trois artistes étaient alors invitées par le roi à participer aux festivités de la fête nationale à Marrakech.

Mahmoud Idrissi raconte : « Sa Majesté m’a chargé d’aller à l’hôtel La Mamounia, de rejoindre l’une des chanteuses dans sa suite, et d’y convoquer les deux autres. Une fois les trois réunies, je devais leur transmettre le mécontentement de SM concernant leur abandon de la musique marocaine au profit du dialecte égyptien, sans leur révéler que j’étais son emissaire. » evidemment feu Mahmoud a exécuté cette mission avec discrétion, comme demandé par le roi. La réaction des chanteuses a été immédiate : deux d’entre elles ont décidé de se retirer définitivement de la scène musicale sans réserve. Quant à la troisième, elle etait prete a faire de meme mais à condition d’être compensée financierement a hauteur de ses revenus annuels qu’elle avait estimés à un certain montant bien élevés. Finalement, les deux premières ont mis effectivement fin à leur carrière jusqu à ce jour, tandis que la troisième a poursuivi sa carrière en Orient, mais en situation de discorde avec feu Hassan 2.

feu Mahmoud El Idrissi , bien qu’il aurait aimé obtenir l’acrd de ces glorieuses chanteuses pour publier cette histoire, m avait expliqué que de ce fait il avait toujours évité d évoquer cette question, même dans les cercles artistiques privés. Pour cette raison j evite aujourd hui de mentionner leurs noms sauf où cas ou je recois leurs autorisassions

Feu Mahmoud m explique que Hassan II s’opposait toujours à l’idée que les créateurs et artistes marocains s’expatrient en Orient pour y adopter leurs cultures . Il se souvient également d’une anecdote racontée par le célèbre chanteur marocain Abdelhadi Belkhayat : lors d’une rencontre en présence de Hassan II, le compositeur égyptien Mohamed Abdel Wahab avait proposé à Belkhayat de venir au Caire pour enregistrer certaines de ses composition. feu Hassan II aurait immédiatement reagi en murmurant à l’oreille de Belkhayat : « je te couperai les jambes si tu vas là-bas »

Cette opposition du roi reflétait son désir constant de voir les Marocains maintenir leur identité, même à l’étranger. Il était également opposé à l’idée que les Marocains de l’étranger participent aux élections locales des pays où ils résident, estimant qu’ils doivent rester Marocains avant tout, peu importe les autres nationalités qu’ils pourraient acquérir.

La proximité de feu Mahmoud El Idrissi avec Hassan II s’est renforcée au fil du temps, au point que le roi lui demandait parfois de rester après les spectacles prives organises au palais pour lui chanter un passage d une chanson qui l’avait particulièrement ému, dédiée à son père feu Mohammed V lorsqu’il était en exil. Ce passage était si émouvant que le roi lui demandait de le répéter à plusieurs reprises, les larmes aux yeux.

Mahmoud El Idrissi m’a également confié comment certaines personnes avaient tenté de ternir sa relation privilégiée avec Hassan II en l’accusant d’avoir vendu l’un des costumes que le roi lui avait offerts. Cependant, il a pu prouver son innocence en lui prouvant qu’il conservait précieusement ces costumes chez lui.

Durant ses multiples séjours a la residence marocaine au Koweït, ma femme témoigne que malgré sa présence prolongée de plusieurs mois feu Mahmoud Idrissi était d’une discrétion absolue, passant la plupart de son temps dans sa chambre sans se faire remarquer. jusqu a mon retour de l ambassade Contrairement à certains artistes que j avais côtoyés, il n’a jamais fait preuve d égocentrisme ou de megalomanie, il ne chantait ses propres chansons lors de nos soirées littéraires et musicales,que porsqu’on le lui demande ,préférant souvent d interpréter des classiques de Mohamed Abdel Wahab, tels que « Cléopâtre », « Al-Gondoul » et « An-Nahr al-Khaled » et autres classiques de sanbati qu’il interpretait d ailleurs à la perfection.

que DIEU ait son ame en miséricorde

Driss Kettani

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Hassan II, homme de défi.

traduction approximative d un article publie en arabe dans akhbar al yawm en 2018

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Parmi les nombreux témoignages qui mettent en lumière le caractère fort et l’esprit de défi du défunt Hassan II, je suis heureux d’en mentionner un particulièrement marquant, qui remonte à son adolescence.

À l’âge de 14 ou 15 ans ce jeune prince devait effectuer une visite au mausolée de Moulay Idriss à Fès, représentant son père.

Mon oncle défunt, Si Tahami Lebbar, l’un des grands dirigeants du mouvement national et un leader de la résistance armée lors de l’exil de Mohammed V (1953-1955), m’avait remis une copie de ses mémoires avant sa mort, relatant un témoignage exceptionnel en liaison avec cette visite.

Le regretté militant Si Tahami Lebbar raconte qu’à cette époque, en tant qu’étudiant au lycée Moulay Idriss de Fès et membre de l’association des scouts islamiques Hassaniens, faisait partie de l’équipe de scouts chargee d accompagner le jeune prince lors de cette visite.

Comme l’association hassanienne avait demandé à feu Mohammed V de leur fournir des vélos pour faciliter les déplacements de ses membres, et que les autorités françaises, représentées par le chef de camp français, n’en avaient livré que deux sur les six envoyés, distribuant les quatre autres aux associations de scouts françaises et israéliennes, il avait été décidé que l’association protesterait contre cette injustice en informant le jeune prince de l’affaire pour qu’il la transmette à son père.

Imaginez la scène : les jeunes étudiants en uniforme de scouts accompagnant le jeune prince de Bab Boujloud au mausolée de Moulay Idriss, parcourant des ruelles étroites et sinueuses avec des descentes raides, tout en suivant le cortège à une allure rapide. Dans ce contexte, mon oncle feu Si Tahami Lebbar s approche du jeune prince pour lui raconter l’histoire : « Nous voulons exprimer notre gratitude à Sa Majesté pour les vélos que SM nous a envoyés, mais le chef de camp ne nous en a livre que deux sur les six reçus. »

et au moment ou il s’apprêtait à lui expliquer que les autres associations qui avaient reçu les quatre vélos restants disposaient déjà de leurs propres moyens de transport, le jeune prince l’a brusquement interrompu de manière inattendue, en lui lançant une phrase en français tout à fait surprenante : « Depuis quand crois-tu qu’on va te donner tes droits ? »

C’était une réponse tellement brutale et profondément marquante de la part d’un prince adolescent Inattendue dans de telles circonstances, qui va marque son comportement tout au long de sa vie active.

En revisitant le parcours de mon oncle défunt Si Tahami Lebbar, qui a lutté contre le protectorat francais pendant deux décennies et qui a continue à lutter contre toute injustice après l’indépendance, je remarque quelque chose d’étonnant : il n’a jamais cédé devant aucune injustice, quelle qu’en soit la source. Par exemple, au début des années 60, il n’a pas hésité à poursuivre en justice le puissant ministre de l’Économie de l’époque, feu Abderrahim Bouabid, et le directeur de l’Office chérifien des phosphates (OCP) de l’époque, feu Karim Lamrani, suite a son licenciemént de son poste de directeur des ressources humaines de l’Office sans justifications. Il est resté ferme devant les tribunaux jusqu’à ce qu’il ait obtenu la restitution de tous ses droits.

Lorsqu’il était super caïd à Taounate au milieu des années 60, il a été démis de ses fonctions par le général Oufkir, alors ministre de l’Intérieur, par simple télégramme, sans explications. Mon oncle n’a pas hésité à l’attaquer en justice également, et il a attendu patiemment le temps qu il faut pour récupérer ses droits face à l’homme le plus puissant du régime de Hassan II à cette époque.

L’incident de Fès et la réponse brutale, surprenante et affirmée du jeune prince ont marqué mon oncle tout au long de sa vie. en effet au milieu des années 60, il n avait pas hesite a poursuivre en justice le général Oufkir, l’homme le plus influent du royaume, chargé du ministère de l’Intérieur et de tous les services de sécurité en ces années de plomb sombres ?

Je me souviens de cette période, lorsque mon oncle était suspendu de ses fonctions et sans moyens de subsistance. Son frère, feu Haj Hafid, le soutenait financièrement en me chargant de lui faire parvenir un peux d argent pour subvenir à ses besoins quotidiens.

Mon oncle Tahami a finalement remporté son procès contre ce puissant ministre , créant un précédent juridique encore evoque aujourd’hui dans les écoles de formation des cadres du ministère de l’Intérieur.

« Depuis quand crois-tu qu’on va te donner tes droits ? » Cette phrase est restée gravée dans l’esprit de feu Si Tahami Lebbar, le poussant à lutter contre l’oppression dès son plus jeune âge, étant l’un des premiers jeunes militants nationaux à être arrêtés à Fès à la fin des années 40 en tant que membre actif du Parti de la Choura et de l’Istiqlal.

Ainsi, un incident apparemment banal concernant des vélos a révélé le caractère rebelle du jeune prince et a influencé plus tard le comportement d’un autre jeune homme, tout aussi patriote et résistant.

Idriss El Kettani
Ancien ambassadeur du Maroc au Koweït

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Lorsque Hassan II avait parlé de sa mort dix ans auparavant

traduction approximative d un article publié en arabe dans akhbar alyawm en 2018

Journal Akhbar Al Yaoum : Numéro 3342

Quelques jours après la mort de feu Hassan II, décédé le vendredi 23 juillet 1999, et juste après mon retour de vacances au Koweït où exerçais mes fonctions d ambassadeur, j’ avais reçu la visite d’un journaliste koweïtien éminent à ma résidence . Ce journaliste entretenait des relations avec le palais royal dont j ignorais le caractère . Après m’avoir présenté ses condoléances, il me dit : « Monsieur l’Ambassadeur, je suis venu vous informer de quelque chose d incroyable que j’ai du mal à expliquer. »

Il me raconte qu’il avait été invité par feu Sa Majesté le Roi pour assister à son 60e anniversaire, le 10 juillet 1989. Lors de telles occasions, il était de coutume pour lui de divertir Sa Majesté avec une nouvelle blague que SM n’avait jamais entendue. Lorsqu’il a commencé à raconter la blague préparée pour l’occasion, et en guise d introduction il a utilisé l’expression « Ya Tawiil el-‘Omr » ( Que dieu vous donne longue vie), une formule de courtoisie couramment utilisée dans le Golfe. À sa grande surprise, le Roi l’a interrompu brusquement, d’une manière qu’il n’avait jamais vue auparavant, surtout dans un contexte de divertissement. Le Roi lui dit : « Écoute, frère Ahmed, cette expression “Ya Tawiil el-‘Omr”, tu peux la dire chez eux (faisant référence aux dirigeants du Golfe), mais ici, nous disons autre chose. »

Le journaliste n’a pas compris cette remarque et, face à sa perplexité, le Roi lui explique : « Quand je suis entré dans cette salle, qu’as-tu entendu les serviteurs du palais dire à haute voix ? Ils répétaient “Allah ybarek fi ‘Omr Sidi” (Que Dieu bénisse la vie de mon Seigneur). ici Nous ne demandons pas une longue vie , mais plutôt une vie bénie. » Le Roi s’est alors arrêté un moment avant de dire : « Moi, par exemple, si Dieu me donne dix bonnes années de plus, ce serait bien et béni, mais qu’est-ce que ça signifie de vivre longtemps dans des conditions de santé déplorables, avec tout le monde attendant sa mort ? » faisant allusion à la situation de certains dirigeants de la monarchie saoudienne de l’époque.

Après cette remarque, le Roi s’est retiré, sans laisser au journaliste l’occasion de lui raconter la blague qu’il avait préparée. Le journaliste me raconte que lorsqu’il a entendu parler de la mort du Roi la semaine dernière, il a été chagriné par la nouvelle douloureuse, mais il s’est ensuite rappelé les paroles du Roi sur la différence entre vie longue et la vie bénie et surtout lorsqu il va constater que le Roi était décédé exactement dix ans après lui avoir exprimé son souhait; prémonition cmbien invraisemblable concernant sa durée de vie.

pour ma part Je lui ai raconte des informations en ma possession allant dans ce sens selon lesquelles le Roi avait informé des politiciens marocains et étrangers en 1995 qu’il était proche de la fin de sa vie. Il aurait dit aux partis marocains d’opposition que la période maximale qu’il lui restait de vivre était de cinq ans, leur proposant de venir gérer avec lui une période de transition à travers un gouvernement de coalition. Cela a conduit à la formation du gouvernement dirigé par Abderrahmane Youssoufi. Mais l’un des principaux opposants du Roi, feu le Cheikh El-Basri, n’avais pas crû cette proposition, convaincu qu’il s’agissait d’une manœuvre pour impliquer l’opposition dans le système du Roi. Cependant, il a fini par admettre lorsqu il avait appris la mort du roi, que Hassan II était sincère lorsqu’il parlait des cinq années restantes de sa vie.

Ainsi feu Hassan II avait préparé avec soin les conditions de la transition du pouvoir avant sa mort. Pour convaincre certains membres de l’opposition qui doutaient encore de son histoire telsque fkhih basri , SM a ete jusqu a annoncer publiquement sa maladie aux Marocains en leur disant clairement que le pays était menacé d’un « arrêt cardiaque ». La plupart des analystes et jusqu a aujourd’hui continuent de penser que feu SM faisait référence aux difficultés économiques du Maroc de l’époque. Cependant, s’ils avaient voulu vérifier la véracité de ses paroles, ils auraient pu prêter attention à la fin de vie du Roi, qui est survenue au service des maladies cardiaques et vasculaires, organise cree par feu SM sous forme d une ligue autonome qu’il avait dote des meilleurs moyens humains et matériels et qu il avait place sous la direction du professeur cardiologue Mohamed Benomar, l’un de ses proches médecins qui l’avait accompagné pendant près de trente ans.

Feu SM parlait donc bien de sa maladie cardiaque

Driss kettani

NB cet artile a ete transmis au journaliste kowetien en question qui l a validé et publié dans son journal assiyassa

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Politique et relations publiques

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Les élections du 8 septembre 2021.

Ils ont payé le prix de leur choix irresponsable de se jeter dans les bras du pouvoir, plutôt que de rester fidèles à ceux qui les avaient portés jusqu’à ce pouvoir.

De graves erreurs ont été commises par la direction du Parti de la justice et du développement (PJD). Je suis presque sûr que l’une des plus grandes, sinon la plus importante, est leur position immorale envers la cause palestinienne, qui a détruit ce qui restait de leur crédibilité aux yeux et dans les cœurs des électeurs, y compris un grand nombre de leurs partisans et même ceux qui soutenaient ce compromis détestable, quelle qu’en soit la pertinence.

Depuis l’annonce des résultats des élections du 8 septembre 2021, les analystes, qu’ils soient marocains ou étrangers, se sont interrogés et ont cherché les raisons de cette chute retentissante, sans précédent dans l’histoire des élections au Maroc, d’un parti à référentiel islamique qui était le seul à être parvenu au gouvernement par une volonté populaire, en dehors des pratiques de fraude habituelles.

Bien sûr, il y a les explications générales, telles que la longue durée passée au pouvoir, bien que cet argument soit relatif, car il existe des exemples, même de nos jours, qui contredisent cette explication.

Il y a aussi l’échec du parti à tenir ses promesses électorales, en particulier en matière de lutte contre la corruption, alors que cette dernière est profondément enracinée dans la société en raison d’une culture et d’une mentalité makhzénienne qu’il est impossible de combattre sans abandonner définitivement cette mentalité autoritaire dominatrice des détenteurs du pouvoir.

Un autre facteur est les luttes internes au sein du parti depuis l’éviction de M. Benkirane de la présidence du secrétariat général, une situation que le pouvoir a exacerbée en empêchant M. Benkirane de former le gouvernement pendant six mois, en raison de son refus de se soumettre aux exigences du Palais, transmises par M. Akhannouch. Par la suite, M. El Othmani a été désigné et n’a pas hésité, avec la couverture des dirigeants du parti, à appliquer les directives sans le moindre scrupule, que Dieu lui pardonne.

Il y a aussi une autre explication, rarement mentionnée par les analystes, qui est la responsabilité des mesures injustes prises au plus haut niveau contre de nombreuses catégories vulnérables de la société dans le cadre de la lutte contre la propagation du Covid-19, notamment l’imposition de restrictions parfois arbitraires.

En outre, il y a la domination du ministère de l’Intérieur sur l’ensemble du processus électoral, rendant impossible la vérification de la véracité des résultats annoncés en l’absence des procès-verbaux de nombreux bureaux de vote et parfois même de la destruction des bulletins de vote.

À cela s’ajoute la tolérance à l’égard de l’achat de voix et de la distribution de faveurs, sans aucune intervention des autorités compétentes.

Cependant, toutes ces raisons n’exonèrent pas M. El Othmani et la direction de ce parti, sur lequel nous avions fondé de grands espoirs, de leur responsabilité. Ils ont largement contribué à ce déclin sans précédent, car ils n’ont pas pris conscience de la situation dans laquelle ils se trouvaient, avec leur secrétaire général se pliant aux désirs des hautes instances, oubliant ou feignant d’oublier que sans les voix des électeurs, il n’aurait jamais rêvé d’accéder à ce poste élevé, tout comme les membres de la direction de son parti.

Comment M. El Othmani a-t-il pu ignorer le sort de ses prédécesseurs, depuis les défunts Belafrej et Abdallah Ibrahim (cas particulier), en passant par Mohamed Benhima, Ahmed Osman, et Abdelatif Filali, jusqu’à Abdelrahmane El Youssoufi, qui a joué un rôle crucial dans la transition du pouvoir mais dont la contribution historique n’a pas été reconnue par les piliers du nouveau régime ? Tous ont été écartés de la scène politique une fois leur utilité épuisée.

Parmi toutes ces raisons et ces explications, je pense que la principale cause de ces résultats catastrophiques pour ce parti, qui est arrivé à la tête du gouvernement par une volonté populaire et sur une base religieuse, est la question de la normalisation avec Israël. M. El Othmani et plusieurs membres du secrétariat général y ont adhéré de manière humiliante, en contradiction avec leurs principes, leurs engagements et les sentiments de la grande majorité de la société marocaine, y compris une grande partie des membres de leur propre parti et de leurs sympathisants issus de différents partis et courants politiques.

Sinon, comment expliquer le très faible nombre de voix exprimées en leur faveur lors de ces élections, même si la fraude avait atteint son paroxysme, un nombre qui ne correspond même pas à celui de la base électorale traditionnelle de leur parti et de leurs partisans ?

Certains diront que la normalisation a été acceptée par la majorité des Marocains et qu’elle ne peut avoir eu un impact aussi fort sur les électeurs. Cependant, cette opinion exprimée par certains analystes ne repose pas sur des données concrètes issues de sondages d’opinion, qui confirment ou infirment cette hypothèse.

En l’absence de possibilité d’utiliser ces outils scientifiques pour sonder l’opinion, bien que garantis par la Constitution en matière de droit d’accès à l’information, je pense que la plupart des Marocains n’ont accepté la normalisation qu’à contrecœur, et que leur conscience vive à l’égard de la cause palestinienne est restée enflammée, même inconsciemment. Dès qu’ils ont pu exprimer leur colère et leur mécontentement, ils n’ont pas hésité à punir ceux qui ont participé à cette « trahison », en particulier M. El Othmani et la direction de son parti, d’une manière humiliante.

M. El Othmani, même s’il voyait un intérêt national dans cet accord, aurait dû éviter de signer personnellement ce document infâme qui accepte la plupart des « conditions de l’accord du siècle », y compris l’abandon de la revendication de Jérusalem comme capitale de la Palestine, des frontières de 1967 et du droit au retour. Il aurait pu proposer, par exemple, que M. Bourita signe à sa place, justifiant sa position par le fait qu’on lui avait demandé, peu de temps auparavant, de déclarer le contraire de ce qu’il allait signer. Je ne pense pas que cette position de sa part aurait empêché la conclusion de cet accord, déjà négocié en dehors des rouages du gouvernement.

Cela aurait été « le moindre mal », où nous aurions pu comprendre sa décision de ne pas démissionner, car il aurait agi « pour le bien du pays », et non par attachement à son poste.

Ce déclin retentissant de ce parti à référentiel islamique, auquel un grand nombre d’électeurs avaient accordé leur confiance lors des deux précédentes élections, au moins pour son adhésion aux principes de moralité et de vertu, que les gouvernements précédents, qu’ils soient de gauche ou laïques, n’avaient pas respectés, est principalement dû à ce comportement immoral, indépendamment de leur soutien ou non à cet accord.

Cela a été un coup de poignard dans le dos de M. El Othmani, détruisant ce qui restait de sa crédibilité, lorsqu’il a été amené à déclarer publiquement que la position du Maroc, de son roi, de son gouvernement et de son peuple, était contre la normalisation, pour ensuite signer quelques semaines plus tard un accord reconnaissant l’opposé de ce qu’il avait affirmé, et pour lequel les Marocains l’avaient acclamé avec enthousiasme.

On se demande comment M. El Othmani, en tant que psychiatre, n’a pas pu mesurer l’impact de la contradiction entre ses positions dans cet accord sur la conscience des Marocains, y compris celle de ses partisans.

Comment M. El Othmani a-t-il pu oublier ou ignorer qu’il était parvenu à la tête du gouvernement grâce à une base électorale qui avait voté pour son parti en raison de sa référence islamique, et que le minimum attendu de lui était de respecter les principes de cette noble religion ? Où sont les valeurs morales lorsqu’il dit une chose et en fait une autre, au nom de l’intérêt du pays, selon ses dires ? C’est comme s’il se dénudait de ses principes religieux chaque fois qu’il exerçait des fonctions politiques. Pourquoi aurait-il gagné la confiance des électeurs proches du courant islamique, s’il devait agir comme les autres ?

Ce qui me peine aujourd’hui, c’est que M. El Othmani avait reçu des avertissements clairs sur les risques de se fondre dans le système de pouvoir de manière si docile, en raison des tentations qu’il présente et des pièges qu’il recèle. Dès 2007, il avait été averti de ce qui attendrait son parti s’il rejoignait le gouvernement et s’insérait dans ce système infernal qu’il prétendait vouloir réformer de l’intérieur, alors qu’il l’a au contraire séduit, brisé sa volonté et poussé à voir le mal comme un bien, acceptant les injustices, fermant les yeux sur les abus, et tolérant ceux qu’il était censé combattre, à savoir les symboles de la corruption, du monopole, de la domination et de l’enrichissement illégal.

Aujourd’hui, il paie le prix de sa soumission au makhzen et

de son abandon à sa volonté.

Imaginons si M. El Othmani et les hauts responsables de ce parti avaient suivi les suggestions qui leur avaient été faites à l’époque, afin de ne pas tomber dans le piège du pouvoir. Si ses ministres et hauts responsables s’étaient contentés de revenus financiers modestes et avaient reversé la différence de leurs salaires exorbitants et immoraux, bien que légaux, à un fonds de solidarité avec les pauvres, par exemple. S’ils avaient continué à vivre dans leurs maisons et à utiliser leurs voitures pour se rendre au travail. S’ils avaient refusé tous ces avantages attrayants qui leur étaient accordés, ils n’auraient pas été impliqués dans la mise en œuvre de décisions injustes à l’encontre des citoyens libres de ce peuple opprimé, jetés en prison pour des raisons mesquines et inventées. Et M. Benkirane, par exemple, n’aurait pas perdu ce qu’il avait de plus précieux, à savoir sa crédibilité, en acceptant cette « allocation royale » exorbitante aux yeux des pauvres de ce pays opprimé, comme si elle provenait d’un budget distinct de celui de l’État.

M. Benkirane continue de se vanter de sa défense acharnée du Palais, sans se rendre compte de ce que nos ancêtres savaient depuis des siècles : « Ne fais pas confiance au makhzen », car ce dernier peut trahir ses serviteurs les plus fidèles, même s’ils lui ont prouvé leur loyauté en tant que « serviteurs dévoués ».

Et voilà que leur parti s’effondre.

Et voilà que l’expérience de l’islam politique au pouvoir s’effrite à cause de son échec retentissant à comprendre et à évaluer la situation.

Et voilà M. El Othmani hors service, sans avenir politique ni même une vie sociale digne de ce nom.

Que cela serve de leçon à ceux qui ont la sagesse.

Idriss El Kettani

Ancien ambassadeur au Koweït.

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Témoignage en faveur des frères algériens et de leur amour pour le peuple marocain.

Une fois de plus, les frères algériens ont exprimé avec sincérité et spontanéité leur sympathie et leur solidarité envers leurs frères marocains lors des matchs de la Coupe du Monde de football 2022, organisée avec brio par l’État frère du Qatar.

Je pense que cette démonstration de solidarité de la part de nos frères algériens, malgré toutes les restrictions imposées par leurs autorités militaires, vient mettre fin aux efforts répétés de ces autorités, notamment ces dernières années, pour nourrir l’hostilité envers leurs frères marocains.

Je crois que cet événement est le meilleur résultat de la brillante performance de notre équipe nationale, et pour encourager et renforcer l’affection que la majorité des Marocains ressentent pour leurs frères algériens, j’ai décidé de partager ce témoignage en faveur de frères algériens, basé sur des événements et des expériences que j’ai vécus avec eux, et qui me font affirmer que le peuple algérien est, dans sa majorité, le plus proche du peuple marocain, malgré les pressions exercées par leurs dirigeants successifs et les fausses informations qu’ils ont reçues sur le Maroc et les Marocains pendant plus de quarante ans.

Ce qui me permet d’affirmer cette conviction, ce sont plusieurs signaux que j’ai reçus personnellement à différentes étapes et pendant plus de trente ans, que je vais vous presenter ci après

Premier témoignage :

Fin novembre 1975, je me trouvais à Alger pour représenter le Maroc à la Conférence des ministres africains du commerce, en remplacement de M. Abdelatif Ghassassi, alors ministre chargé du commerce, dont je dirigeais le cabinet.

À cette époque, les relations officielles entre le Maroc et l’Algérie étaient au plus bas, du fait que le Maroc venait de remporter des succès successifs dans le processus de récupération des territoires sahariens , grâce à l’organisation de la Marche Verte le même mois, accompagnée d’une campagne féroce contre le Maroc par le président Boumediene et certains hauts responsables algériens. Cette campagne de denigrement a conduit le pouvoir algerien à la décision la plus inhumaine consistant a expulser des dizaines de milliers de Marocains résidant en Algérie dans des conditions déplorables, espérant que le Maroc réagirait de manière similaire, ce qui pousserait le peuple algérien à soutenir leur position hostile. Cependant, le Maroc a déjoué ce stratagème et n’a pas appliqué le principe de réciprocité comme les dirigeants algériens l’avaient espéré. En conséquence, le peuple algérien a montré encore plus de sympathie envers ses frères marocains.

Dans cette atmosphère, je me suis retrouvé seul membre representnt le Maroc a cette reunion ministerielle à m’opposer aux interventions du ministre algérien du commerce, M. El Ayachi Yaker, qui, en tant que président de la conférence, a tenté de faire passer une résolution rejetant le droit du Maroc de récupérear son Sahara. J’ai insisté pour que la procédure habituelle de la conférence soit respectée, car l’ordre du jour approuvé ne prévoyait aucun point permettant de discuter de cette question purement politique.

Le débat s’est intensifié au point que j’ai ressenti une poussée d’émotion en déclarant des propos que le représentant tunisien a interprété comme une « déclaration de guerre », tout en me précisant qu’il avait reçu des instructions du président Bourguiba pour soutenir la position marocaine, mais qu’il n’était pas prêt à soutenir de telles déclarations.

Dans cette atmosphère tendue, après les réunions du matin et du soir, je rejoignais ma chambre dans l’un des hôtels de “Club des Pins”, à la périphérie d’Alger, un complexe comprenant plusieurs hôtels, villas et salles de réunion, dont une abritait cette conférence ministérielle.

Pendant trois jours consécutifs, à la même heure chaque soir, M. Abdelaziz Khellaf me rendait visite à l’hôtel et me demandait de le rejoindre dans le hall. Je descendais de ma chambre, pensant qu’il avait quelque chose à me transmettre.

M. Abdelaziz Khelif dirigeait la délégation algérienne à cette conférence. Il était un haut cadre au ministère de l’Énergie et des Mines, en tant que directeur général de la planification, l’un des principaux adjoints du ministre Belaïd Abdesselam, considéré à l’époque comme l’un des ministres les plus puissants du gouvernement de Boumediene. Plus tard, M. Khellaf deviendra ministre du Commerce à la fin des années 1970, puis ministre des Finances lors de la période de rapprochement entre les deux pays à la fin des années 1980, avant de devenir le secrétaire général de la présidence de la République sous le dernier mandat de Chadli Bendjedid au début des années 1990.

Je l’avais déjà rencontré lors de plusieurs conférences économiques auxquelles nous avions tous deux participé au sein de nos délégations respectives, et malgré les tensions de cette période difficile, je ne l’avais jamais vu intervenir dans ces débats houleux qui marquaient souvent les échanges entre les délégations de nos deux pays.

C’est là que réside le point essentiel.

Chaque soir, comme mentionné, M. Abdelaziz Khelif venait me rendre visite à ma chambre, et nous échangions quelques mots sur des sujets généraux, en attendant de connaître le message qu’il pouvait être chargé de me transmettre. Mais au bout d’une demi-heure environ, il me saluait sans révéler la raison de sa visite. Ce scénario s’est répété les trois soirs, le dernier jour de la conférence, alors que la tension atteignait son paroxysme avec des insultes et des accusations sans précédent de la part du président de la conférence, le ministre algérien El Ayachi Yaker, que Dieu le pardonne.

Je suis retourné à l’hôtel en prévoyant de repartir le lendemain pour le Maroc. À ma grande surprise, M. Abdelaziz Khellaf est revenu me voir à la même heure. Au moment de le quitter, j’ai insisté cette fois-ci pour connaître la raison de ses visites répétées, et je lui ai dit :

« Frère Abdelaziz, je vous remercie pour vos visites, mais je ne comprends pas du tout leur raison. Nous passons toute la journée en conférence, et vous et moi sommes exténués et stressés à cause du climat conflictuel imposé par le président de la conférence, dans lequel, je tiens à le souligner, vous n’avez pas participé malgré votre position de chef de la délégation algérienne. Je sais aussi que vous habitez à Alger, et que vos visites retardent votre retour chez vous après 21 heures. Et maintenant, vous me quittez sans me transmettre aucun message, remarque ou commentaire. Pouvez-vous m’expliquer ? »

Il a souri et a simplement dit : « Rien, rien, il n’y a ni message, ni remarque, ni même commentaire. »

J’ai alors insisté : « Alors, comment puis-je expliquer ces visites durant trois jours consécutifs à la même heure ? »

Il a gardé le silence pendant un long moment, puis a répété : « Rien, rien », avant d’essayer de me saluer et de partir. J’ai refusé de le laisser partir sans comprendre la raison de ces visites, surtout dans un contexte aussi tendu entre nos deux pays.

Il a alors souri de nouveau et, sous mon insistance, il a fini par dire : « Frère driss , je venais vous voir avant 20 heures pour que vous ne regardiez pas les informations du soir à la télévision. C’était mon seul but. »

Je l’ai alors embrassé et serré la main chaleureusement, j’étais sur le point d’exploser de joie face à ce geste d’un haut responsable du gouvernement algérien, qui cherchait spontanément à m’épargner de regarder les médias de son pays déverser leur haine sur le mien.

Avant de me quitter, il a conclu en ces termes : « Restons frères, et un jour viendra, incha’Allah, où les raisons de cette tension entre nos hauts responsables disparaîtront. »

Cet épisode est resté gravé dans ma mémoire pendant longtemps et a influencé mon comportement et mes actions futures vis a vis du peuple algerien de manière significative. C’était vraiment un événement surprenant, avec des implications positives pour renforcer le sentiment de sympathie envers ce peuple algérien.

Cela s’est produit à la fin du mois de novembre 1975, comme mentionné plus tôt. Le destin a voulu que je fasse partie de la première délégation marocaine à se rendre en Algérie après la reprise des relations entre les deux pays en 1988, après une rupture de plus de douze ans. À notre arrivée à l’hôtel El Mithak, réservé aux visiteurs officiels de haut rang, en ouvrant la porte de l’ascenseur pour monter vers les chambres, je suis tombé face à face avec M. Abdelaziz Khellaf.

Quelle coïncidence incroyable !

Il m’a embrassé chaleureusement sans prêter attention au ministre marocain M. Abdellah Azmani, qui se tenait à côté de moi, ainsi qu’à mon collègue Hassan Abouyoub, directeur du commerce extérieur à l’époque. Il m’a souri comme à son habitude et m’a dit, sans préambule, comme si nous ne nous étions pas quittés depuis douze ans : « Tu vois, cher Idriss ? Ce que nous avons dit se réalise. » Puis il est parti après que je l’ai présenté au ministre, qui n’a pas compris le sens de ses paroles.

Quelques semaines plus tard, il a été nommé premier secrétaire d’État chargé des affaires maghrébines dans le cadre de l’Accord de l’Union du Maghreb arabe, signé à Marrakech en février 1989.

Le destin a voulu que je me retrouve à ses côtés lors de nombreuses autres occasions, en tant que chef de la délégation marocaine des experts dans les négociations avec la délégation algérienne, tant au niveau bilatéral que maghrébin, y compris lors de la croisière de l’unité organisée par l’association Fès Saïs, qui a réuni des délégations de la société civile des pays membres de l’Union du Maghreb arabe, où nous avons passé plus d’une semaine à bord, visitant les capitales des cinq pays maghrébins.

J’ai également eu l’honneur de l’accueillir chez moi à Rabat en présence de mon ami Hassan Abouyoub, où il nous a parlé en toute sincérité et amitié des difficultés financières que traversait son pays à cette époque, puisqu’il était ministre des Finances avant d’être nommé aux affaires maghrébines.

En livrant ce témoignage en faveur de l’un des hauts responsables algériens, je tiens à souligner que la position officielle de l’Algérie à cette époque ne reflétait pas une opinion unanime au sein de l’administration algérienne contre le Maroc.

Entre parenthèses, je dirais que la prévision de M. Khellaf s’est avérée juste, car dès que la confiance a été rétablie entre les chefs de nos deux pays, les choses ont rapidement retrouvé leur cours naturel. Au point où feu Sa Majesté Hassan II nous a donné pour instructions, en tant que première délégation marocaine à se rendre en Algérie pour participer à la première réunion maghrébine visant à élaborer le projet de statut de l’Union du Maghreb arabe : « Ce que proposent les Algériens, soutenez-le. faites attension seulement de la delegation … »

Deuxième témoignage :

Sur le plan populaire, je vais vous raconter ce que j’ai constaté en termes de sympathie lors de cette visite en Algérie fin novembre 1975, alors que les deux pays étaient sur le point d’entrer en guerre, et que la campagne algérienne hostile au Maroc atteignait son apogée.

Avant la réunion des ministres africains mentionnée plus haut, il y a eu une réunion préparatoire au niveau des experts au Club des Pins, et les membres de la délégation marocaine n’osaient pas quitter l’hôtel ni même parler à aucun Algérien en raison de la campagne médiatique virulente diffusée par tous les médias officiels.

Dans cette atmosphère, j’ai eu l’idée étrange d’aller au stade pour assister à un match de football, car je suis passionné par ce sport et je voulais surtout vérifier par moi-même ce que l’on disait dans cette ambiance sur la haine du peuple algérien envers les Marocains. J’ai tenu a faire ce déplacement au stade malgré l’opposition de tous les membres de la délégation marocaine, qui étaient convaincus que je mettais ma vie en danger, alors que je ressentais le contraire.

J’ai demandé au chauffeur algerien de la voiture officielle mise à la disposition de la délégation marocaine de m’emmener au stade le lendemain. Il a été surpris par ma demande et est probablement allé demander l’autorisation à ses supérieurs avant de revenir à l’heure convenue. Dès que je suis monté dans la voiture, il a immédiatement éteint la radio, qu il ecoutait avant mon arrivée. Je lui ai dit en plaisantant : « Laissez, mon frère, nous écouter la radio. » Il n’a pas répondu ni obéi à ma demande, et quand j’ai insisté, il est resté silencieux pendant un long moment, puis il a dit : « Khatiq » (laisse tomber). Je n’ai pas compris exactement ce qu’il voulait dire, car cette expression est peu utilisée chez nous, mais j’ai eu l’impression qu’il voulait dire : « Laisse ça de côté. » Il est resté silencieux pendant tout le trajet, qui a duré environ une heure, jusqu’à notre arrivée au stade.il ne voulait pas tout simplement que j ecoute la radio qui diffusait en boucle des programmes hostiles au maroc

Il y avait une foule incroyable devantnt les guichets. J’ai demandé à ce chauffeur, qui avait donc éteint la radio pour ne pas entendre les insultes contre mon pays, de me conduire à l’entrée des officiels. Il a été surpris par ma demande. Là, j’ai trouvé aussi une foule incroyable, et la grande porte était fermée avec un responsable qui refusait même de parler aux personnes qui l interpellent, se contentant d’admettre les détenteurs de cartes d’invitation.

Je me suis approché de lui avec difficulté, et après un effort considérable, je lui ai dit à haute voix : « Je suis Marocain membre d’une délégation officielle, et je voudrais assister au match. »

Tout le monde autour de moi a été surpris, y compris le responsable derrière la porte, qui refusait de répondre à toute demande. Il m’a regardé attentivement, étonné, puis m’a dit : « Attendez. » Il a disparu, laissant tout le monde crier et se bousculer, puis il est revenu accompagné d’une personne qui ne s’est pas présentée, se contentant de dire sans préambule : « Suivez-moi. » Je me suis retrouvé assis à ses côtés dans la tribune officielle. J’ai compris qu’il était l’un des hauts responsables de la fédération, peut-être son président. Ce dernier n’a pas osé m’adresser la parole pendant tout le match, se contentant de m’accompagner jusqu’à la sortie du stade en me disant simplement : « Soyez le bienvenu. »

Quand j’ai raconté ce qui s’était passé aux membres de la délégation marocaine à mon retour à l’hôtel, aucun d’entre eux ne m’a cru. Ils pensaient tous que le chauffeur allait me jeter dans un fossé sur le chemin vers Alger, en prétextant un accident de voiture.

Troisième témoignage :

Quelques semaines après cette conférence, alors que je résidais à Tunis, où j exercais la fonction de représentant permanent du Maroc au sein du Comité consultatif du Maghreb arabe, créé au milieu des années soixante pour étudier et proposer des solutions en vue de la cooperation économique entre les pays membres.

Mon bureau au sein du secrétariat général se trouvait à côté de ceux des représentants des autres pays membres, y compris, bien sûr, celui de l’Algérie.

Bien que l’année 1976 ait été l’une des plus dangereuses pour les relations maroco-algériennes, marquée par une confrontation militaire directe debouchant sur la capture de centaines de prisonniers militaires, et que ces escarmouches avaient failli conduire à un affrontement ouvert entre les deux pays à « Amgala » au début de la même année. Dans ce climat conflictuel, le représentant algérien, M. Mohamed El Arabi, me rendait visite dans mon bureau, exprimant son sentiment que ce qui se passait entre nos deux pays n’était que le résultat de divergences d’opinions et d’intérêts au niveau de la direction. Il convient de noter que M. Mohamed El Arabi était l’un des hauts responsables proches, lui aussi, du défunt Belaïd Abdesselam, et je dois dire en toute franchise qu’il est resté pendant ces deux années, 1976-77, le plus proche et le plus sincère des trois autres représentants qui étaient présents avec moi chaque jour au même endroit.

Quatrième témoignage :

Lorsque j’ai été nommé ambassadeur au Koweït à la fin de l’année 1996, lors de la plupart des réunions auxquelles assistaient les ambassadeurs, l’ambassadeur algérien était quelque peu réservé dans sa relation avec moi. Mais je continuais à l’inviter à chaque événement que j’organisais, qu’il soit officiel ou même privé. Au fil des mois, notre relation s’est renforcée, et il a commencé à me rendre visite dans mon bureau pour prendre le thé. Lors d’une de ses visites, il a reçu un appel de l’Algérie, après quoi il m’a informé que son interlocuteur était le directeur des affaires arabes du ministère des Affaires étrangères. Quelle n’a pas été ma joie en apprenant que ce directeur, qui était son supérieur direct, s’appelait Abdelhamid Bouzaher.

Il n’a pas cru que je le connaissais, alors il la rappelé pour lui dire qu’il était en ma compagnie , il m’a surpris en me disant après avoir raccroché : « Si driss, je ne savais pas que vous aviez une relation aussi étroite avec lui. Il m’a donné des instructions à votre sujet : ‘Ce que vous dit Si Idriss et ce qu’il propose sur n’importe quel sujet, suivez-le sans réserve’. » Cela s’est passé en 1997, malgré le fait que les relations entre nos deux pays étaient de nouveau tendues, notamment depuis l’assassinat du regretté président Boudiaf en 1992 et la fermeture des frontières en 1994.

Il est important de préciser que M. Abdelhamid Bouzaher était à l’époque directeur adjoint des affaires arabes, et à ce titre, il a dirigé la première délégation algérienne d’experts à se rendre au Maroc après le rétablissement des relations entre les deux pays au début d’octobre 1988. Étant donné mes responsabilités au ministère des Affaires étrangères à cette époque, j’étais chargé de diriger la délégation marocaine des experts lors de cette rencontre historique.

Sans entrer dans les détails, je vais me contenter de raconter l’événement qui est lié à notre sujet.

Alors que nous étions dans la salle de réunion pour la première rencontre entre les deux délégations, M. Rafiq El Hadaoui, directeur général de la coopération internationale, m’a contacté pour me demander si la délégation algérienne était au courant de ce qui se passait dans leur pays. J’ai répondu par la négative, et il m’a alors informé des violentes émeutes populaires à Alger, que la plupart des chaînes françaises diffusaient en direct.

C’était le 6 octobre 1988, lorsque l’Algérie a connu la plus grande révolte populaire depuis son indépendance, qui a marqué la fin du régime en vigueur en Algérie depuis l’indépendance, c’est-à-dire le système du parti unique et la domination du secteur public sur tous les aspects de l’État. Cela a inauguré une nouvelle ère de multipartisme et d’ouverture à l’économie de marché, qui a conduit, lors des premières élections pluralistes, à l’émergence et à la domination du mouvement islamique, suivies des tragédies de la décennie noire.

Nous étions au début de la première réunion, et j’ai demandé une pause pour consultation, puis j’ai rencontré M. Abdelhamid dans mon bureau pour l informer des événements en cours dans son pays lui laissant bien sûr le soin de décider de la suite à donner à nos réunions. Il m’a demandé de suspendre la réunion et de les ramener d’urgence à l’hôtel « Tour Hassan ». J’ai accompagné la délégation à l’hôtel, où nous avons trouvé M. Abdelhamid Mehri, ambassadeur d’Algérie, qui les attendait.

Face à la confusion du programme officiel, je leur ai proposé, après avoir vu sur une chaîne française des scènes terrifiantes de cette explosion populaire, accompagnées de destructions et d’incendies de bâtiments publics, où nous avons vu ensemble les locaux du ministère du Commerce en feu, que nous nous rencontrions le soir chez moi pour qu’ils puissent consulter et décider de la marche à suivre.

Après le dîner organisé par mon épouse dans un temps record, et après consultation entre les membres de la délégation, composée de plus de trente responsables de divers secteurs économiques, culturels et sociaux, ils ont tous convenu qu’il était nécessaire de rentrer au plus vite dans leur pays.

Comme les vols étaient suspendus, je leur ai proposé de retourner à la frontière terrestre avec les voitures du ministère. J’ai dû organiser la logistique, trouver des chauffeurs et du carburant un samedi, alors que les responsables de ces aspects organisationnels étaient absents.

Après l’apaisement de cette tempête, qui a failli plonger l’Algérie dans une spirale d’instabilité, nous avons repris l’organisation des réunions aux niveaux bilatéral et maghrébin, et nous avons commencé à travailler comme une seule équipe, moi et M. Abdelhamid. Nous avons organisé la première réunion du Comité mixte marocain-algérien, ainsi que plusieurs réunions dans toutes les capitales des pays du Maghreb pour discuter et élaborer le projet de statut de l’Union du Maghreb arabe, adopté en février 1989 à Marrakech par les chefs des cinq États membres.

Je témoigne aujourd’hui que la sympathie exprimée par les membres de la délégation algérienne et de nombreux hauts responsables qui ont participé aux négociations de cette période dorée, y compris M. Belaïd Bessayah, ministre des Affaires étrangères, et avant lui Ahmed Taleb Ibrahimi, était sincère et spontanée, reflétant une volonté ferme de mettre en œuvre les programmes de coopération convenus à tous les niveaux, qui seront malheureusement interrompus de nouveau dès que la confiance entre les dirigeants des deux pays aura été perdue.

Lorsque la confiance a été rétablie entre les défunts Chadli Bendjedid et Hassan II, nous avons assisté à ce rapprochement remarquable dont j’ai parlé plus haut, et il en a été de même lors de la nomination du regretté Boudiaf en 1992.

Mais après l’assassinat de ce dernier, la confiance a de nouveau été rompue, et toutes les ententes qui avaient lancé cette phase dorée de coopération ont été suspendues.

Cependant, les relations entre les deux peuples n’ont pas été affectées par ces positions, et elles se manifestent aujourd’hui dans leur forme la plus éclatante, défiant tous les obstacles et surpassant toutes les barrières, exprimant leur amour et leur solidarité avec leurs frères du peuple marocain.

Driss Ketttani

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A PROPOS DES relations maroco-koweïtiennes

Entretien avec M. driss Kettani, ingénieur d’État et ancien ambassadeur de Sa Majesté auprès de l’État du Koweït, sur les relations maroco-koweïtiennes.

Question : Vous avez été nommé ambassadeur de Sa Majesté au Koweït à la fin de l’année 1996. Pourriez-vous nous parler du niveau et de la nature des relations entre les deux pays ainsi que des résultats de votre expérience personnelle dans ce pays frère ?

Réponse : Avant de parler des relations maroco-koweïtiennes, je souhaite adresser mes vœux de rétablissement à Son Altesse l’Émir, Sheikh Sabah, actuellement en convalescence aux États-Unis, en lui souhaitant une pleine guérison, une bonne santé et une longue vie.

Ensuite, je dirais que mon séjour au Koweït, entre la fin de 1996 et la fin de 2001, a été pour moi une opportunité exceptionnelle, marquant ma vie professionnelle et personnelle.

J’ai eu la chance d’être nommé dans ce pays frère, dont je ne connaissais à l’époque que les préjugés véhiculés par certains milieux marocains, évoquant l’entêtement de son peuple et l’avarice de ses responsables.

Question : Cette impression s’est-elle confirmée au cours de votre séjour là-bas ?

Réponse : Dès les premiers mois que j’ai passés dans ce cher pays, j’ai constaté l’inexactitude de cette perception erronée, fondée sur des soupçons sans lien avec la réalité. Dès la présentation de mes lettres de créance à Son Altesse l’Émir, Sheikh Jaber, et grâce à mes nombreuses visites aux diwaniyas, notamment durant le mois de Ramadan, j’ai réalisé que ce peuple fier mérite tout le respect et qu’il éprouve un amour sincère pour le Maroc et en particulier pour feu Sa Majesté le Roi Hassan II.

Question : c est quoi les diwaniyas ?

Réponse : Les diwaniyas sont une tradition unique qui caractérise la vie sociale au Koweït. Elles m’ont beaucoup interesse i car elles correspondent à ma propre conception des relations sociales, basées sur l’ouverture aux autres sans distinction, sans contraintes ni protocole. Ce sont des visites à des rencontres ouvertes, organisées par des personalitees des milieux politiques economiques culturels de la societe civile à des moments prédefinis, sans invitation ni conditions préalables, permettant à quiconque de rendre visite au maître de la diwaniya, même s’il n’est ni un proche ni une meme connaissance, exactement comme j’ai toujours préféré recevoir mes amis et ceux qu’ils amènent avec eux, à porte ouverte et sans formalités.

C’est pourquoi je me suis retrouvé en parfaite harmonie avec une atmosphère qui me permettait de visiter quotidiennement plusieurs diwaniyas et d’interagir avec des dizaines de personnalités politiques et de membres de la société civile, que je rencontrais fréquemment lors de ces visites ouvertes.

Question : Outre le système des diwaniyas, quelles sont, selon vous, les principales caractéristiques qui distinguent l’État du Koweït ?

Réponse : Tout d’abord et avant tout, la « liberté ». Liberté de l’individu et liberté d’expression. Il existe, par exemple, une liberté de la presse quasi absolue, qui n’a pas d’égale dans aucun autre pays arabe, et il y a une liberté du citoyen en général, dans un climat où la loi est respectée de manière plus rigoureuse par rapport à ce qui prévaut dans la région du Golfe, voire dans le monde arabe et islamique.

Deuxièmement, l’existence d’un système juridique émanant d’un véritable parlement, élu en toute transparence , dans le cadre d’une constitution qui n’est pas octroyée par le dirigeant, comme c’est le cas dans la plupart de nos pays arabes et islamiques. C’est une constitution qui a été adoptée par consensus entre la famille régnante, la famille Al-Sabah, et les grandes familles de l’époque, au début des années 1960, c’est-à-dire ce que l’on appelle aujourd’hui les représentants de la société civile, et elle a été respectée de manière significative par les deux parties, sans en altérer le contenu ni les dispositions, pendant plus de cinquante ans.

Troisièmement, une cohabitation remarquable entre les composantes de la société koweïtienne, malgré leur diversité religieuse et sociale. Selon moi, il s’agit d’une société homogène qui mérite d’être le modèle exemplaire pour les pays de la région, car elle prouve qu’il n’y a aucun danger pour ces sociétés du Golfe povant provenir de leurs citoyens chiites par exemple, si l’esprit de liberté y règne et si les spécificités individuelles et la diversité des composantes de ces sociétés sont respectées.

Quatrièmement, un respect notable de la séparation des pouvoirs. Le Parlement, ou Majlis Al-Umma, fonctionne librement, surveillant le gouvernement dans les moindres détails, bien plus qu’il ne légifère. Le système judiciaire jouit d’un haut degré de liberté. Quant au pouvoir exécutif, il est strictement encadré par les dispositions de la constitution, qui donne par exemple aux députés de la nation le droit de choisir le chef de l’État dans un système émiral, le Majlis Al-Umma étant habilité à choisir le prince héritier de la famille régnante, c’est-à-dire le futur dirigeant de l’État. C’est un privilège dont ne dispose aucun parlement dans aucun pays arabe ou islamique ayant un système monarchique ou émiral.

De plus, tout membre du Majlis Al-Umma peut interpeller tout ministre sur n’importe quel sujet, à la manière d’un procès parlementaire, où le ministre est démis de ses fonctions s’il ne parvient pas à convaincre la majorité des députés de la pertinence de ses réponses sur le sujet en question.

C’est là que réside la grandeur de cet équilibre réel et effectif entre les pouvoirs. Autant il est permis au pouvoir exécutif de gerer les immenses ressources financières de l’État dans le cadre du budget convenu entre les deux parties, autant il est possible pour les députés de la nation, en groupe ou individuellement, de surveiller réellement et de contrôler strictement les membres du gouvernement, même s’ils appartiennent à la famille régnante.

Cinquièmement, ce qui m’a impressionné positivement, contrairement à ce que j’avais entendu sur l’avarice des Koweïtiens par rapport aux autres peuples de la région, c’est le contrôle et la réglementation de l’intervention de l’État à tous les niveaux dans la gestion des affaires financières, dans un cadre légal strict, sous la surveillance rigoureuse du Parlement.

Ce que certains qualifient d’avarice koweïtienne est en réalité un phénomène louable et évolué, qui encadre l’intervention de l’État dans un cadre légal écrit, qui ne permet même pas à Son Altesse l’Émir de disposer des ressources financières de l’État selon son bon vouloir, comme c’est le cas dans la plupart des pays arabes, en particulier dans les États du Golfe riches en pétrole. Si le temps le permettait, je vous donnerais des exemples concrets que j’ai moi-même observés sur place, qui confirment la véracité de ce que je viens de dire.

C’est pourquoi l’État du Koweït se trouve généralement en tête des classements mondiaux des pays arabes et islamiques dans divers domaines sociaux et organisationnels, notamment en matière de démocratie et de droits de l’homme.

Évidemment, comme tout système conçu par l’homme, il a ses lacunes et présente des failles. Mais ce ne sont que des imperfections mineures, qui restent acceptables face aux points forts que j’ai mentionnés ci-dessus. La société koweïtienne, malgré sa modernité, reste marquée par un certain tribalisme, qui conduit parfois à des abus et à du favoritisme, difficiles à contrôler sans affecter les équilibres nécessaires à la stabilité recherchée.

Question : Ce que vous avez décrit n’est pas connu du grand public, ni même de la plupart des responsables et intellectuels de notre pays, et peut-être même dans la plupart des autres pays, concernant ce pays frère. Pouvez-vous maintenant nous parler des relations maroco-koweïtiennes ? Comment étaient-elles gérées sous le règne de Hassan II et quelles sont les perspectives sous le règne de Mohammed VI ?

Réponse : Sans entrer dans les détails, je vais essayer de résumer la situation que j’ai trouvée à mon arrivée, où il y avait un malentendu entre les deux parties dans le domaine des investissements. J’ai réussi, dès les premiers mois, à clarifier la situation, notamment du côté marocain, ce qui a conduit à la reprise des investissements koweïtiens au Maroc, qui avaient été interrompus pendant près de vingt ans en raison de raisons juridiques, et non politiques, comme le pensaient certains hauts responsables marocains.

Aujourd’hui, les investissements koweïtiens au Maroc ont atteint, grâce à Dieu, des niveaux élevés, au bénéfice des deux parties.

Quant aux relations politiques, elles ont connu un bond qualitatif remarquable au début des années 1990, grâce aux positions solidaires exprimées par Sa Majesté Hassan II envers l’État du Koweït, son gouvernement et son peuple, à la suite de l’invasion irakienne.

Je vais ici révéler pour la première fois ce que j’ai entendu de la bouche de Son Altesse cheikh Sabah Al-Ahmad ministre des Affaires étrangères pour discuter d’un sujet concernant le Maroc. Il m’a dit : « Faites savoir à Sa Majesté le Roi que ses désirs sont des ordres pour moi, et que s’il me demandait de lui donner cet œil, je lui donnerais les deux. » Puis il a ajouté : « Mes paroles reflètent la réalité et ne sont pas de la flatterie ou des mots creux, comme on pourrait le dire dans certains milieux. » Il a conclu : « Faites savoir à Sa Majesté que ma position dans ce dossier ne changera jamais tant que je serai au pouvoir. »

Question : Quelles ont été les conséquences de cette position positive sur le plan politique et économique ?

Réponse : Politiquement, Son Altesse a œuvré pour soutenir les positions marocaines dans divers domaines, notamment dans le dossier de l’intégrité territoriale. Par exemple, il n’a pas hésité à annuler une réunion du comité préparatoire pour la coopération arabo-africaine, qui devait se tenir au Koweït, dès que je lui ai fait part du désir de Sa Majesté le Roi d’annuler cette réunion en raison de son lien avec notre intégrité territoriale.

Sur le plan économique, l’État du Koweït a fait don au Maroc, en 1999, d’environ deux cents millions de dollars pour financer plusieurs projets sociaux et de développement, dont la construction d’universités dans plusieurs villes marocaines. Ce montant représentait les intérêts accumulés sur un dépôt que le Maroc n’avait pas pu rembourser pendant près de vingt ans.

De plus, l’État du Koweït a accepté notre proposition d’investir le capital du dépôt, d’une valeur de plus de deux cents millions de dollars, au Maroc, plutôt que de le rapatrier en devises étrangères.

Dès que cette solution a été trouvée pour la situation du dépôt, l’Autorité générale pour l’investissement, en tant qu’organisme chargé d’investir les ressources financières de l’État, a pu réaliser de nouveaux investissements au Maroc après une rupture de près de vingt ans, comme je l’ai mentionné, et créer un nouveau fonds d’investissement dans lequel d’importants montants financiers ont été injectés.

Question : Votre interaction positive avec cette société koweïtienne a donc contribué à renforcer les relations avec ce pays frère ?

Réponse : Je n’ai jamais vécu une telle harmonie avec une société dans laquelle j’ai vécu, ayant passé de nombreuses années dans différents pays, autant que je me suis senti en phase avec les frères koweïtiens et autant que j’ai échangé sincérité et respect avec leurs dirigeants.

Je me suis retrouvé dans ce pays hospitalier à vivre dans une société jouissant de la liberté d’exprimer son opinion, de choisir ses représentants et de surveiller ses dirigeants dans les limites de la loi convenue, avec bien sûr quelques abus, comme je l’ai mentionné, commis par certains individus et qui sont difficiles à éviter.

Je peux donc résumer les relations maroco-koweïtiennes telles que je les ai observées à cette époque, c’est-à-dire à la fin des années 1990, par une pleine entente au niveau des dirigeants et un malentendu injustifié au niveau des gestionnaires des affaires publiques et des élites, notamment du côté marocain.

Je témoigne donc que ce que j’ai observé tout au long de mon séjour au Koweït, à la fin du règne de Hassan II et au début de celui de Mohammed VI, confirme l’amour sincère que le peuple koweïtien et ses dirigeants éprouvent pour leurs frères marocains

DRISS kETTANI.

Rabat, le 12 septembre 2019.

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À propos du 8 mars

En ce jour (8 mars) de l’année 1990, je me trouvais dans la ville de Québec, la capitale de la francophonie au Canada, pour effectuer des visites de terrain de plusieurs projets financés par l’Organisation internationale de la francophonie, où je travaillais depuis le 1er janvier de cette même année en tant que directeur général des affaires administratives et financières.

À ma grande surprise, lors de ces visites, la majorité des responsables des institutions concernées étaient des femmes. J’ai dû, à chaque visite, retirer et remettre les manteaux d’hiver des hôtesses et accompagnatrices, selon la tradition en vigueur dans ce pays, tout au long de cette journée du 8 mars qui coïncide avec la Journée internationale de la femme, instituée par les Nations Unies en 1975.

J’ai accueilli ce geste avec joie, voyant dans cette tradition de ce pays lointain et extrêmement froid, un signe d’estime et de respect pour les femmes. Je me suis alors dit que, nous, en tant que communauté musulmane, aurions dû être les premiers à mettre en place un tel hommage, puisque notre Prophète n’a cessé de nous encourager à le faire, même dans ses dernières recommandations sur son lit de mort.

Cela m’a rappelé la célèbre citation d’un penseur égyptien (que je crois être Taha Hussein) après son retour en Égypte, après avoir passé plusieurs années en France au début du siècle dernier : “J’ai trouvé les véritables principes de l’islam appliqués dans un pays non musulman.”

Aujourd’hui, je constate, dans mon pays musulman et peut-être dans la plupart des pays du monde islamique, une absence quasi totale de reconnaissance de cette journée où les femmes sont honorées dans la plupart des pays occidentaux non musulmans.

Je tiens à exprimer mes regrets et mes excuses à toutes les femmes qui n’ont pas été honorées comme il se doit en cette journée qui leur est dédiée.

Idriss El Kettani – Ancien Ambassadeur

N B : J’ai déjà vécu des circonstances similaires lorsque j’étais encore étudiant, lors d’une visite au début des années 1960 au Danemark et en Suède, où j’avais remarqué comment le rôle des femmes dominait dans ces sociétés nordiques européennes. Cependant, à l’époque, je n’avais pas la profondeur analytique nécessaire pour comprendre pleinement ce phénomène distinctif et le comparer à la situation dans nos pays musulmans, où le rôle des femmes a été dévalorisé, sinon opprimé, et leurs droits ont été occultés pendant des siècles.

Il m’attriste d’en conclure, à la lumière d’un rapport d’experts occidentaux qui ont comparé les pays selon l’application des enseignements de l’islam sur le plan mondial, en se basant sur 113 principes islamiques tirés du Coran et de la Sunna, tels que la justice, les libertés, l’économie et la répartition des richesses, que des pays non musulmans figurent en tête de ce classement (en particulier l’Irlande, le Danemark, la Suède), alors que le Maroc, pays du Commandeur des Croyants, avec ses dizaines de milliers de mosquées et de sanctuaires, se trouve en bas de ce classement (120e), derrière la Malaisie (33e), le Koweït (42e), la Turquie (71e) et la Tunisie (72e).

Quelle ironie !

Pour plus d’informations sur cette étude, consultez ce lien.

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Sommet du G20 pour les riches en dehors des Nations Unies

Journal Akhbar Al-Youm : Numéro 3345

désolé pour cette traduction approximative du texte publié en arabe

Un sommet virtuel du Groupe des vingt (G20), composé des 19 pays les plus avancés plus l’Union européenne, s’est récemment tenu. En réalité, ce groupe représente les pays riches qui dominent environ 85 % du commerce mondial et se réunissent chaque année pour définir et orienter les politiques économiques, financières et sociales mondiales, et non pas pour la consultation et la coordination comme ils le prétendent.

Il convient de rappeler qu’un débat mondial organisé par des organisations non gouvernementales s’est tenu à Dakar en 2011, incitant les pays et les peuples du tiers-monde à s’opposer aux actions de ce rassemblement dominant. Celui-ci a en fait été créé pour neutraliser le rôle des institutions spécialisées des Nations Unies dans le développement, qui avaient autrefois accompli leurs missions avec une efficacité remarquable, notamment au milieu des années 1970.

Pendant cette période dorée de la coopération multilatérale, initiée après la guerre d’octobre 1973 et encouragé par l’augmentation des prix du pétrole et des matières premières exportées par les pays pauvres ou en voie de développement, ces institutions onusiennes, qui garantissaient aux pays pauvres le droit de défendre leurs intérêts, avaient organisé des rencontres mondiales intensives. Ces rencontres ont conduit à l’idée de créer un “nouvel ordre économique international”, une idée que les pays développés n’ont accepté de négocier qu’à contrecœur et sous la pression du Mouvement des non-alignés, alors à l’apogée de son influence. Ce mouvement a souvent soutenu les revendications des pays en développement, qui étaient au nombre de 125 à l’époque.

La première étincelle de ce vaste travail est née d’une réunion des pays producteurs de matières premières essentielles, qui s’est également tenue à Dakar en 1974.Le Maroc, en tant que producteur et exportateur de phosphates, y a participé avec une délégation importante dont je faisais partie. La revendication principale était la création d’un nouvel ordre mondial chargé de fixer les prix de ces matières premières avec la participation de toutes les parties concernées, et non selon les prix déterminés par les marchés de Londres en fonction de l’offre et de la demande, sans tenir compte des coûts de production ni des besoins de développement des pays producteurs.

De nombreuses réunions ont été organisées entre 1974 et 1979 autour de cette revendication principale, dans diverses capitales mondiales où se trouvent les sièges des organisations des Nations Unies, telles que la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement à Genève, l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel à Vienne, et la Quatrième Commission chargée du développement économique et social à New York. De nombreuses réunions de coordination régionales ont également été organisées entre les pays en développement pour coordonner leurs positions et présenter leurs revendications aux groupes de pays développés, désigné par le système des Nations Unies sous l appellation le groupe “B”.

À cette époque, j’étais directeur de cabinet du ministre du Commerce, de l’Industrie, des Mines, de l’Énergie, de la Pêche et de la Marine marchande, M. Abdelatif Ghassassi, et je représentais le Maroc dans la plupart de ces réunions intensives, qui se tenaient à un rythme soutenu, à raison de deux réunions par mois. Je voyageais d’un continent à l’autre pour participer à ces réunions ministérielles (Dakar Nayrobi Pérou, Mexique, Nations Unies à New York, Philippines, Sri Lanka, Kenya, Zaïre, , Algérie, Addis-Abeba, Genève, Vienne…).

Nous étions très enthousiastes à l’idée de faire aboutir ce travail colossal, à travers lequel nous espérions imposer un nouvel ordre economique international permettant à nos pays producteurs de matières premières de contrôler la fixation des prix de ces matières en coordination avec les pays consommateurs malheureusement, ces revendications sont restées sans résultat significatif. Aujourd’hui, le Groupe des vingt, composé uniquement des pays riches, contrôle la plupart des décisions, en l’absence totale de représentants des pays en développement.

Driss Kettani

ancien ambassadeur

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Akhannouch doit revoir ses comptes et restituer les profits indus du carburant

Driss Ghali Kettani, économiste ayant travaillé depuis 1966 comme ingénieur en chef au ministère charge de l’Industrie, ainsi qu’en tant que conseiller économique au Bresil et ancien ambassadeur au Koweït, donne son avis dans cette interview sur la problématique des prix des carburants au Maroc et propose des solutions pratiques pour protéger les consommateurs et faire face à la cupidité des entreprises.

Interview réalisée par Abdelhaq Belchkar

abelachgar@gmail.com

– Depuis la libéralisation des prix des carburants dans notre pays, il y a trois ans, ce secteur a connu des développements qui ont permis aux entreprises de réaliser des profits exceptionnels qualifiés d’immoraux. En tant que conseiller économique, ingénieur en chef et ancien responsable dans le secteur des mines, de l’industrie et de l’énergie, comment avez-vous suivi ce débat ? Quelles solutions proposez-vous pour sortir de cette situation complexe ?

– J’ai suivi dans les médias diverses propositions au cours des derniers mois, et certaines ont été discutées récemment au Parlement. Il y a aussi la position du ministre concerné, Lahcen Daoudi, qui contredit celle du chef du gouvernement et secrétaire général de son parti. Mais la plupart de ces propositions restent loin des attentes des consommateurs, qui demandent que l’État les protège contre les agissements illicites des entreprises de distribution et qu’il les oblige a restituer les surprofits exceptionnels estimés à dix-sept milliards de dirhams, selon le président de la commission parlementaire, Abdellah Bouanou, chiffres confirmés par son groupe parlementaire sans être réfutés de manière catégorique par les entreprises concernées.

– Mais M. Daoudi a nié que ces entreprises aient réalisé des profits de cette ampleur, et a déclaré qu’il n’était pas nécessaire pour l’instant de fixer un plafond pour les prix des carburants, se contentant de surveiller leur évolution via un programme électronique ?

– Ces profits exceptionnels ont été confirmés officiellement par le président de la commission parlementaire, et les entreprises concernées ne les ont pas démentis de manière catégorique. Il est clair qu’ils ont été réalisés dans des conditions suspectes, suggérant une collusion des entreprises de distribution aux dépens des consommateurs, contre les règles de la concurrence loyale et en l’absence de tout contrôle de l’État. En tout cas, c’est ce que les boycotteurs ont conclu, convaincus de cette collusion contre eux, et ont décidé de continuer à boycotter la société « Afriquia », qui domine le marché de la distribution des carburants, jusqu’à ce qu’ils soient convaincus que les bénéfices des entreprises de distribution restent raisonnables, et qu’ils récupèrent ce qui leur a été pris de manière injuste.

En tout état de cause, ces profits excessifs sont immoraux, inhumains, et socialement, ainsi que religieusement, inacceptables car ils enrichissent de manière démesurée les riches au détriment des pauvres qui s’appauvrissent davantage, ce qui contredit les principes de solidarité prônés par notre religion.

– Quelle solution pensez-vous être efficace pour sortir de cette situation complexe ?

– Théoriquement, il existe de nombreuses solutions qui sont partiellement ou totalement appliquées, parfois de manière complémentaire, dans différentes régions et pays du monde. Mais je vais me contenter de rappeler ce qui me semble adapté à la situation de notre pays dans les circonstances actuelles et futures :

La première proposition est de libéraliser le secteur de la distribution des carburants.

Parmi les solutions efficaces appliquées dans la plupart des pays du monde, en particulier dans le monde libre, figure l’application du principe de la « liberté d’établissement », comme c’est le cas pour la plupart des secteurs de production, de commerce et de services. L’État se contente de fixer le cadre juridique via des lois et des procédures réglementaires, qui prennent parfois la forme d’un cahier des charges, donnant à tout intervenant le droit d’exercer la profession dans le cadre des conditions fixées, sans avoir besoin de licence préalable de l’État, mais avec un contrôle strict et permanent pour s’assurer que ces lois sont respectées par la suite. Cela diffère du système de licences en vigueur dans notre pays pour ce secteur, comme c’est le cas pour le secteur des transports, par exemple, un système hérité du colonialisme français, qui favorisait certaines entreprises au détriment d’autres, permettant ainsi un monopole au profit d’entreprises choisies par le colonisateur avant l’indépendance. Ce système constitue une des principales bases de l’économie de rente et est encore largement utilisé pour organiser différents secteurs de notre pays, malheureusement.

Imaginez si toute entreprise marocaine, remplissant les conditions requises, pouvait entrer dans ce secteur lucratif simplement en respectant un cahier des charges pour exercer la profession, le nombre d’entreprises augmenterait, rendant toute collusion entre elles difficile, et les bénéfices seraient répartis entre de nombreux intervenants au lieu d’être concentrés dans un nombre limité d’entreprises, choisies pour la plupart par le colonisateur avant l’indépendance. Il n’y aurait pas eu cent trente stations-service supplémentaires récemment attribuées à Afriquia, une entreprise qui dominait déjà le secteur.

– Pensez-vous que cela suffirait à empêcher la collusion dans ce secteur ?

– Je crois que la liberté d’intervention et d’établissement reste le meilleur moyen de lutter contre la corruption et de mettre fin à l’économie de rente, que le parti de M. Daoudi a toujours dénoncée. Au lieu de libéraliser les prix, l’État aurait dû défendre la libéralisation du secteur de la distribution des carburants en abolissant le système de licences, comme principal levier pour libéraliser les prix ultérieurement. De cette manière, l’État aurait garanti une véritable concurrence au profit du consommateur, au lieu de permettre à un petit nombre d’entreprises de continuer à monopoliser le secteur tout en les laissant augmenter les prix sans plafond ni contrôle.

– Quelle est la deuxième proposition ?

– Créer une entreprise nationale de distribution des carburants, sous la tutelle de l’État, pour réguler les prix du marché et ainsi limiter toute hausse excessive qui pourrait résulter d’une collusion des entreprises privées du secteur. Cela obligerait ces entreprises à ne pas dépasser des marges raisonnables sur les prix fixés par l’État à travers cette entreprise nationale. C’est une solution qui a été appliquée par le passé et qui est encore utilisée dans de nombreux pays, et il n’y a aucune raison légale pour qu’elle ne soit pas mise en œuvre dans notre pays dès que possible.

– Et qu’en est-il de la politique de fixation des prix ?

– C’est la troisième proposition, un système de fixation des prix par l’État, comme c’était le cas avant la libéralisation des prix, tout en maintenant la suppression des subventions par la Caisse de compensation. C’est le minimum demandé par les boycotteurs.

– Faut-il comprendre que l’ancien Premier ministre Benkirane a opté pour la libéralisation des prix sans garanties pour protéger les consommateurs ?

Je crois que l’erreur majeure de Benkirane est qu’on lui a présenté la suppression des subventions de l’État pour les carburants comme une opportunité, car l’État pouvait se retirer des subventions sans que le consommateur ne ressente la différence, étant donné la baisse des prix mondiaux à ce moment-là. Ils ont saisi cette occasion pour introduire la suppression du contrôle des prix sous le prétexte de la libéralisation du secteur. Je suis convaincu que si l’État n’avait pas abandonné son rôle dans la fixation des prix lorsqu’elle a cessé de subventionner ces produits, les entreprises de distribution, en particulier Afriquia, n’auraient pas pu réaliser ces bénéfices colossaux en si peu de temps.

– Qu’en est-il du plafonnement des prix ?

– Oui, il est possible de maintenir la situation telle quelle, tout en se contentant de fixer un plafond des prix chaque mois en fonction des cours mondiaux du pétrole brut, en définissant une marge de bénéfice raisonnable pour les entreprises de distribution (c’est le minimum acceptable). C’est une solution simple et applicable dans les plus brefs délais, sans revenir à un système de contrôle des prix. Elle laisse aux entreprises la liberté de fixer les prix à l’intérieur du plafond. Il est important de souligner la nécessité de fixer ce plafond par décret du Premier ministre, et non par une simple circulaire temporaire comme l’a récemment mentionné M. Daoudi.

– Mais même cette solution ne protège pas les consommateurs en cas de forte hausse des prix mondiaux ?

– J’ai toujours défendu la nécessité de fixer un plafond maximum convenu par l’État, qui ne peut être dépassé quelles que soient les fluctuations des marchés mondiaux du pétrole. Étant donné que l’État ne subventionne plus ce produit vital ni ne fixe plus ses prix, il est évident que le consommateur ne peut pas faire face à des hausses sans limite des prix mondiaux, surtout si le prix du diesel dépasse 13 dirhams par litre, ce qui est un scénario envisageable même à court terme, compte tenu des tensions internationales, notamment dans la région du Golfe. C’est pourquoi je propose que l’État annonce dès maintenant ce plafond maximum, pour rassurer les consommateurs et leur faire accepter la poursuite de la libéralisation des prix à l’intérieur du plafond mensuel fixé.

– Une des raisons du boycott de la société Afriquia, qui domine le secteur des carburants, est qu’elle a réalisé des bénéfices exceptionnels jugés déraisonnables, tout comme les autres entreprises. Comment ces bénéfices excessifs peuvent-ils être restitués ?

– La solution que je trouve juste, équitable et facile à mettre en œuvre, qui répond à la demande des consommateurs et mettrait fin au boycott, serait que toutes les entreprises de carburants restituent directement aux consommateurs les bénéfices exceptionnels qu’elles ont réalisés au-delà de leurs profits normaux depuis la suppression des subventions, en réduisant d’un dirham le prix plafond fixé par l’État chaque mois, jusqu’à ce que le montant total de ces déductions couvre l’intégralité des bénéfices exceptionnels réalisés par ces entreprises. De cette manière, les consommateurs récupéreraient directement, je dis bien directement, ce qui leur a été pris, en récupérant un dirham par litre pour le diesel, et un montant équivalent à convenir pour les autres carburants. C’est une proposition que je trouve juste, équilibrée et équitable pour toutes les parties, car elle permettrait à l’État de rétablir sa crédibilité, aux consommateurs de récupérer ce qui leur a été pris injustement en l’absence de contrôle de l’État, et à la société Afriquia de revenir à une situation normale. Dans le même temps, cela obligerait les autres entreprises qui ont profité du boycott d’Afriquia à restituer également aux consommateurs ce qu’elles ont pris de manière déraisonnable.

– Le Parti Authenticité et Modernité (PAM) a proposé à la Chambre des représentants que l’État réduise le prix des carburants d’un dirham par litre en le prélevant sur la taxe sur la consommation des carburants ?

– C’est une proposition que je trouve au minimum injuste envers l’État, les consommateurs et les citoyens. Comment peut-on imaginer que les représentants de la nation, quel que soit leur appartenance politique, demandent à l’État de rembourser aux consommateurs ce que les entreprises leur ont pris injustement ? En faisant cette proposition, ils garantissent aux entreprises de distribution de carburant de conserver ce qu’elles ont pris dans les poches des Marocains dans des conditions suspectes, tout en demandant à l’État de compenser les consommateurs au nom de ces entreprises, sous prétexte de défendre les consommateurs.

– Concernant le plafonnement des prix des carburants, il est facile à appliquer, mais il semble qu’Afriquia puisse le refuser, car jusqu’à présent, elle donne l’impression qu’elle n’est pas concernée par le boycott et tout ce qui se dit sur le sujet ?

– En effet, il est clair que cette entreprise, qui a réalisé des bénéfices exceptionnels lui permettant de résister au boycott pendant des mois, mise sur le temps pour que l’État trouve une solution à sa place et pour que ce boycott s’estompe progressivement. Comme si elle ne prenait en compte les revendications des consommateurs pour récupérer ce qui leur a été pris en l’absence de contrôle de l’État, et qu’elle ne s’intéressait qu’à des gains excessifs aux dépens des citoyens, tandis que la société Centrale Laitière a procédé à une auto-révision de ses prix en répondant, même partiellement, aux demandes des consommateurs. M. Akhannouch, propriétaire d’Afriquia, devrait revoir ses comptes de manière raisonnable, en tenant compte de tous les éléments nécessaires. Sur le plan national, il doit au moins préserver une partie de la réputation de son défunt père, qui a combattu le colonisateur pendant la période du protectorat français pour défendre les droits de ce peuple à la liberté et à une vie digne. Son père utilisait une partie de ses moyens financiers pour soutenir les familles des nationalistes pendant qu’il était emprisonné, comme me l’a raconté feu Abdelkrim Fallous, qui partageait sa cellule.

Sur le plan matériel, je lui rappelle qu’il a accumulé une fortune considérable en peu de temps, en plus du pouvoir et de l’influence qui lui ont permis de protéger et de renforcer ses multiples entreprises. Quant au plan politique, si cette situation est perçue par les boycotteurs comme un défi et une provocation à leurs revendications, elle pourrait mettre fin prématurément à ses ambitions politiques qu’il affiche encore lors de nombreux rassemblements, où il semble viser la présidence du prochain gouvernement. Je lui propose, comme solution à cette situation complexe qui pourrait s’aggraver s’il ne prend pas l’initiative, à l’instar de ce qu’a fait la société Centrale Laitière en réduisant ses prix, d’adopter lui-même la solution visant à restituer aux consommateurs ces bénéfices exceptionnels, et pourquoi pas de le présenter lui-même au peuple marocain, en tant qu’initiative personnelle pour contribuer à la stabilité de ce pays paisible sur des bases justes, s’il souhaite vraiment le bien et la stabilité de ce pays, s’il croit en la justice sociale.

driss Ghali Kettani

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Nostalgie

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Des événements que j’ai vécus, Bush Jr. et Bandar bin Sultan

En attendant que le rideau tombe sur cette pièce de théâtre stérile qui se joue entre le président américain sortant Donald Trump et le candidat Joe Biden, élu par les médias, dans l’attente de l’évolution de la situation, ma mémoire m’a ramené à une scène marquante que j’ai vécue alors que j’exerçais mes fonctions d’ambassadeur du Maroc au Koweït.

C’était en novembre 2000, lorsque j’accompagnais notre ministre des Affaires étrangères de l’époque, M. Mohamed Benaïssa, au siège du ministère des Affaires étrangères koweïtien pour rencontrer feu le Cheikh Sabah. Alors que nous étions dans la salle d’attente en compagnie d’un haut responsable koweïtien, l’un des membres du cabinet de M. Benaïssa nous rejoignit en courant, criant : “Monsieur le ministre, c’est bon, c’est bon, Bush a gagné… CNN vient de l’annoncer.”

Pour rappel, nous attendions à cette époque de connaître l’issue du débat en cours entre les candidats Al Gore et George W. Bush pour succéder au président Clinton, concernant le décompte des voix et leur recomptage en Floride, qui s’était finalement conclu en faveur de George W. Bush après l’intervention de la Cour suprême. Nous vivions alors la même attente que celle d’aujourd’hui, bien que la situation actuelle semble favoriser le candidat Biden comme vainqueur probable.

À cette époque, la plupart des diplomates arabes et des analystes avec lesquels j’échangeais des opinions sur ces élections n’avaient pas de préférence marquée pour l’un des candidats, contrairement à aujourd’hui. Mais M. Benaïssa, qui avait passé près de huit ans à Washington en tant qu’ambassadeur de Sa Majesté avant d’être nommé ministre des Affaires étrangères, avait un avis clair et tranché. Il fut submergé de joie à l’annonce de cette nouvelle tant attendue, et dit au responsable koweïtien qui nous accompagnait : “D’après les informations qu’il avait acquises à Washington, la résolution de nos problèmes en tant qu’Arabes devenait à notre portée”, prédisant que la Maison-Blanche serait désormais dirigée depuis la résidence de l’ambassadeur saoudien Bandar Ben Sultan à Washington, compte tenu de la relation spéciale et très étroite qui liait ce dernier à George W. Bush et à la famille Bush en général.

J’ai conclu de son commentaire que le dossier du Moyen-Orient, et notamment celui de la Palestine, deviendrait une priorité pour la Maison-Blanche, et que le Maroc jouerait un rôle significatif dans ce processus en raison de la relation privilégiée entre notre ministre des Affaires étrangères, M. Benaïssa, et le prince Bandar Ben Sultan, selon ce qui se disait à l’époque.

En relatant cet événement tel que je l’ai vécu, je préfère laisser aux chers lecteurs le soin de commenter et d’évaluer ce qui est advenu au Moyen-Orient pendant les huit années que George W. Bush a passées à la Maison-Blanche, qu’il s’agisse de l’invasion et de la destruction de l’Irak en 2003 en dehors du droit international ou d’autres politiques injustes à l’égard du peuple palestinien.

Driss Kettani, ancien ambassadeur

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M. Bazin, ancien président de la République d’Haïti : Les secrets de mon succès sont dus au Maroc

Il y a quelques semaines, la République d’Haïti a ouvert un consulat dans la ville de Laâyoune. Cet événement heureux m’a rappelé une responsabilité que je porte depuis un quart de siècle, lorsqu’un des anciens présidents de cette île lointaine m’a exprimé son amour et sa gratitude envers le Royaume du Maroc, en me demandant de transmettre ses salutations sincères aux responsables marocains et au peuple marocain hospitalier. Je m’exécute aujourd’hui, malgré le temps écoulé. Voici l’histoire :

Je me trouvais en mission professionnelle dans ce pays éloigné, situé au sud de Cuba et à proximité de l’État américain de Floride, au milieu des années 1990. À l’hôtel « Ramada Inn », je m’étais arrêté à la réception pour demander la clé de ma chambre, lorsque j’ai entendu une voix derrière moi : « Idriss ». Je me suis retourné, surpris de rencontrer quelqu’un qui me connaissait dans ce pays que je visitais pour la première fois. Qui pouvait me reconnaître à ma voix avant même de voir mon visage et m’interpeller par mon prénom ? Stupéfait, je me suis retrouvé face à un cadre des Nations Unies que j’avais rencontré à Addis-Abeba lorsque je m’y rendais dans les années 1970 en tant que représentant de mon pays, le Maroc, aux réunions annuelles de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique et de l’Organisation de l’unité africaine.

Je lui ai dit, étonné : « Que fais-tu ici, mon frère Bazin ? La dernière fois que je t’ai vu, c’était à Addis-Abeba il y a plus de vingt ans. » Il m’a répondu : « Et toi, que fais-tu ici ? Je sais qu’il n’y a pas de relations économiques entre nos deux pays. » Je lui ai alors expliqué que j’étais devenu fonctionnaire international et que l’organisation que je représentais cherchait à financer certains projets de développement dans son pays.

Lors de cette même rencontre, j’ai appris qu’il avait pris sa retraite et était retourné dans son pays depuis quelques années. Mon ami Bazin était un ami cher qui me fournissait souvent, ainsi qu’aux délégations marocaines, des informations précieuses sur ce qui se passait en coulisses lors des réunions organisées par l’Organisation de l’unité africaine, puisqu’il travaillait au secrétariat de la Commission économique africaine. Je n’ai compris la raison de son soutien inconditionnel aux causes marocaines, notamment durant cette période de confrontation diplomatique ouverte avec l’Algérie et ses alliés au sujet du dossier du Sahara marocain, que lors de cette visite dans son pays.

Lors d’un dîner chez lui, il m’a parlé de son frère Marc Louis Bazin, qui avait quitté la présidence de la République quelques mois auparavant et qui venait de publier ses mémoires. Par une curieuse coïncidence, son frère allait présenter son livre le lendemain à son domicile. Dès qu’il a su que j’étais présent et que j’étais Marocain, il a insisté pour que j’assiste à cet événement.

La surprise m’attendait lorsque, après m’avoir offert un exemplaire de son livre, il m’a raconté comment sa carrière à la Banque mondiale à Washington, qui a duré trente ans, l’a finalement conduit à la présidence de la République. Cette carrière, dit-il, a commencé au Maroc, un pays dont il n’oubliera jamais la bienveillance.

M. Bazin a expliqué : « J’ai travaillé dans votre pays durant les premières années de l’indépendance, à la fin des années 1950, où j’ai servi au cabinet de votre ministre de l’Économie, mon ami feu Abderrahim Bouabid, avec qui j’avais étudié à la Faculté de droit à Paris et vécu les années de lutte avant l’indépendance. » Il ajouta : « Parmi mes tâches au sein de son cabinet, il y avait la préparation du dossier des relations du Maroc avec le Fonds monétaire international et la Banque mondiale. C’est ainsi que je me suis retrouvé membre de la délégation marocaine participant à la session annuelle de ces deux institutions à Washington à la fin des années 1950, même si je n’avais pas la nationalité marocaine.

Lors de ces travaux, la délégation marocaine a appris qu’elle avait le droit de proposer l’un de ses cadres pour un poste au sein de la Banque mondiale, dans le cadre du quota fixé pour chaque État membre. Et c’est là que la surprise est survenue : mon frère Abderrahim a proposé mon nom pour ce poste (peut-être en raison du faible nombre de cadres marocains à cette époque ?!!!). »

Il m’a ensuite raconté comment il a gravi les échelons de responsabilités dans cette institution financière internationale pendant trois décennies, jusqu’à ce que son pays, Haïti, connaisse des événements majeurs au sommet du pouvoir sous la présidence d’Aristide, ce qui l’a conduit à être nommé Premier ministre puis Président de la République en 1992, avec le soutien des autorités américaines et l’approbation du président Bush.

« Je vous prie de transmettre mes salutations les plus sincères et mes remerciements à mes frères marocains, qui m’ont accueilli comme l’un des leurs, me permettant de vivre parmi eux de merveilleux moments, jusqu’à ce que mon frère Abderrahim Bouabid me propose pour ce poste au nom de son pays », dit le président Bazin.

Et c’est ce que je fais aujourd’hui, bien que tardivement, car comme on dit, « une chose en rappelle une autre ». Et voici que son pays, Haïti, que ce soit intentionnellement ou non, nous rend la pareille en ouvrant un consulat dans nos provinces sahariennes récupérées.

Idriss El Kettani
Ancien Ambassadeur au Koweït

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C’est ainsi que j’ai arrêté le réalisateur de L’Opinion sans le savoir.

Le regretté Mohamed Brada, directeur du journal L’Opinion, a été arrêté en 1970 sans connaître la source de l’information qui a conduit à son arrestation. Cela a eu lieu en septembre 1970, alors que j’étais fonctionnaire dans l’industrie. L’une de mes tâches était de superviser un personnel composé de plusieurs cadres chargés de représenter notre administration à toutes les réunions pour conclure des accords organisés par les administrations publiques, conformément aux règlements de passation de marchés imposés par la loi sur la fonction publique.

Un matin, un membre de l’équipe, visiblement très nerveux, est entré dans mon bureau pour me dire qu’il s’était rendu au ministère de la Défense pour assister à l’ouverture des soumissions d’appels d’offres. Cependant, un colonel chargé du bureau des procureurs l’a expulsé de la réunion à la suite d’une remarque qu’il avait faite concernant le non-respect des procédures légales d’ouverture des enveloppes. Je l’ai rassuré en lui disant qu’il pouvait rédiger un procès-verbal de la réunion, en m’assurant que notre administration soutiendrait sa démarche.

Peu de temps après, le même employé est revenu dans mon bureau, cette fois au comble du bonheur, pour m’annoncer qu’à son retour au ministère de la Défense, il avait trouvé une nouvelle équipe dirigée par le même colonel, cette fois strictement engagée à respecter les exigences et les lois des appels d’offres. Tous les participants à la réunion étaient encouragés à faire les choses correctement.

À ce moment de ma carrière, je n’étais pas encore marié et je passais souvent mes soirées avec des amis, dont Abdelatif Benis, un jeune homme jovial et toujours prêt à faire des blagues. Un soir, alors que nous discutions de divers sujets, je lui ai parlé de la mesure positive prise au ministère de la Défense, en exprimant ma satisfaction et en regrettant que d’autres départements ne suivent pas cet exemple.

Cet événement, qui m’avait réjoui, m’avait semblé anodin, et je n’avais pas prêté attention au fait que je m’adressais à Benis, qui était alors rédacteur en chef de L’Opinion, le porte-parole en langue française du Parti de l’Indépendance. Je n’avais pas non plus remarqué son départ soudain après notre discussion.

Ce soir-là, en rentrant chez moi, j’ai acheté le journal comme à mon habitude pour le lire avant de me coucher. J’ai alors découvert en première page une brève nouvelle intitulée “Un vent de changement au ministère de la Défense”, qui évoquait les améliorations dans la gestion des achats au sein de l’Armée Royale, sans entrer dans les détails, probablement en raison de la fermeture prochaine du journal pour impression.

Bien que j’aie été légèrement contrarié que mon ami Abdelatif ait publié cette nouvelle sans me consulter, j’étais également heureux que cette bonne nouvelle soit transmise à tous les citoyens.

Mais le lendemain, j’ai appris l’arrestation du regretté Mohamed Brada, directeur du journal L’Opinion. J’ai été stupéfait en découvrant qu’une enquête était en cours pour découvrir la source de cette information, qui n’aurait pas dû être publiée, car elle relevait de l’establishment militaire.

Abdelatif Benis et moi avons passé des jours dans l’angoisse, attendant des nouvelles de Mohamed Brada. Finalement, il nous a informés que Brada, bien qu’il n’ait pas été consulté avant la publication de l’article, n’avait pas renié la publication de cette information. En raison de sa position politique et de ses principes juridiques, il avait préféré concentrer sa défense sur le droit du journaliste à ne pas révéler la source de ses informations, insistant sur l’importance de la véracité de l’information. Malheureusement, il a été accusé d’avoir influencé l’esprit de l’armée royale et a été condamné à un an d’emprisonnement.

Le défunt a-t-il appris par la suite la véritable source de la nouvelle qui l’a conduit en prison ?

Driss Kettani

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Ô serviteurs de Dieu, proclamez à voix haute – Il n’y a de dieu que Dieu.

جريدة أخبار اليوم

“Celui dont les dernières paroles sont ‘Il n’y a de dieu que Dieu’ entrera au Paradis” – Telles furent les paroles de notre Prophète bien-aimé Muhammad (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui), adressées à Mu’adh ibn Jabal, qui les rapporta sur son lit de mort.

En entendant ce hadith récemment, ma mémoire m’a ramené aux événements du coup d’État de Skhirat en 1971, marqué par des scènes terrifiantes et des moments extraordinaires vécus par de grands hommes. Voici l’histoire de l’un d’entre eux, survenue dans les premières minutes de ce massacre, où plus de cent invités marocains et étrangers ont perdu la vie et des dizaines d’autres ont été blessés.

Alors que des coups de feu étaient tirés sur quiconque bougeait ou élevait la voix, j’ai été témoin de la scène suivante : Nous étions rassemblés près de la piscine, entourés de soldats de tous côtés, les mains levées vers le ciel. Soudain, on nous a ordonné de sortir en direction du terrain de golf, séparé de nous par un mur. Nous devions marcher vers la porte, un par un, tandis que nous entendions sans cesse les mitrailleuses de l’autre côté du mur, nous imaginant que quiconque atteignait la porte serait immédiatement abattu. Nous avancions dans un long couloir formé par deux rangées de soldats à notre droite et à notre gauche, sans aucune possibilité de s’arrêter ou de s’échapper, marchant inévitablement vers la porte, c’est-à-dire vers la mort.

Soudain, j’ai entendu une voix, émanant de quelqu’un qui approchait de la porte, c’est-à-dire à quelques pas de la mort. J’étais à quelques mètres derrière lui. Cette voix criait : “Ô serviteurs de Dieu, proclamez à voix haute” puis il a répété, levant son doigt vers le ciel, “Il n’y a de dieu que Dieu.” Il portait une djellaba blanche. Je me suis demandé qui pouvait bien être cet insensé qui défiait les soldats, risquant de se faire tuer avant même d’atteindre la porte, et qui risquait de nous entraîner avec lui dans la mort. Mais en même temps, j’ai ressenti un sentiment de gratitude envers cet homme courageux qui, en pleine tourmente, rappelait aux gens de proclamer la shahada alors qu’ils étaient à quelques mètres de la porte, c’est-à-dire de la mort.

Nous avons franchi la porte pour nous retrouver sur le terrain de golf, sans que l’on nous tire dessus comme nous le pensions. Les coups de feu que nous entendions étaient en réalité tirés en l’air pour des raisons que nous n’avons comprises que plus tard.

J’ai longtemps cherché à savoir qui était cet homme courageux et pieux en djellaba blanche, et un ami ayant vécu la même scène m’a finalement informé qu’il s’agissait du grand leader Allal El Fassi, que Dieu ait son âme, l’auteur de “L’Autocritique” et créateur de la philosophie de “l’équilibre.” Il est décédé trois ans après cet événement, d’une crise cardiaque, alors qu’il était en visite en Roumanie pour défendre la cause palestinienne.

Cinquante ans ont passé depuis cet événement… C’est dans les moments sombres et de difficulté que se révèle la véritable nature des hommes. Que Dieu ait pitié de toi, grand leader, érudit, poète et militant politique, toi qui m’as rappelé de prononcer la shahada et de proclamer “Il n’y a de dieu que Dieu” en ce jour funeste.

Driss Kettani
Ancien Ambassadeur

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La chanson qui a ramené Mahmoud El Idrissi au palais

Cela s’est passé au début de l’année 1973. Le défunt Mahmoud El Idrissi, cet homme au grand cœur, distingué par sa noble éthique, son humilité, son amour pour les gens et pour la patrie avant même ses capacités artistiques, raconte : « J’étais très jeune quand j’ai été introduit au palais royal, dit-il, que Dieu ait son âme. Je n’étais pas au fait des protocoles du palais ni des traditions de la cour royale. Un jour, alors que j’étais en présence de Sa Majesté, dans une ambiance détendue, j’ai involontairement mis ma main dans ma poche, ignorant que cela était strictement interdit à l’intérieur du palais. Je me suis alors retrouvé persona non grata, et je n’étais plus aussi bienvenu pour assister aux fêtes et aux séances musicales qui étaient fréquemment organisées au palais royal à cette époque. »

Il me racontait cette histoire à ma résidence au Koweït, alors que j’exerçais mes fonctions d’ambassadeur du Maroc dans ce pays frère. Il était très angoissé par cet incident qui aurait pu freiner ses ambitions sociales avant même ses aspirations artistiques. « Entrer au palais à l’âge de vingt ans à peine relevait pour moi du miracle, mais Dieu est grand, et Il a mis sur mon chemin, sans que je le sache, quelqu’un qui m’a sauvé de ce pétrin. Le salut est venu de la part d’un homme à qui je resterai redevable toute ma vie, que Dieu lui accorde longue vie (cet entretien a eu lieu en 1998). C’est le grand créateur et compositeur, M. Bennabdesselam, qui m’a pris par la main et m’a dit en substance : “Tu retourneras bientôt au palais, si Dieu le veut”. Il m’a alors montré le projet d’une chanson patriotique qu’il était en train de composer et qu’il était sûr que, dès que Sa Majesté l’entendrait, il me rappellerait et me demanderait de la chanter à plusieurs reprises, et c’est ce qui s’est passé. »

Après avoir enregistré cette chanson qui commence par un “Mawal” (une forme musicale traditionnelle) tiré du patrimoine marocain authentique, une tournée a été organisée dans la plupart des villes marocaines. La radio nationale, en annonçant ces concerts organisés dans le cadre des préparatifs pour la fête du Trône, diffusait ce “Mawal” en introduction à l’annonce des concerts.

Ainsi, raconte El Idrissi, le miracle a eu lieu : « Nous étions à Oujda pour animer l’un de ces concerts avec la grande chanteuse Naïma Samih, lorsqu’un appel téléphonique du palais royal est arrivé, me demandant de me présenter à 18h00 pour répéter ma nouvelle chanson avec l’orchestre de la garde royale, afin de l’interpréter le soir même devant Sa Majesté. »

Il m’a raconté, que Dieu ait son âme, les difficultés qu’il a rencontrées pour se rendre à Rabat depuis Oujda, en compagnie du créateur Bennabdesselam, au point qu’ils sont arrivés très en retard par rapport à l’heure prévue. Malgré cela, et bien qu’ils n’aient pas eu l’occasion de répéter avec l’orchestre royal, Sa Majesté, que Dieu ait son âme, a tenu à écouter la chanson via une bande préenregistrée, et Mahmoud El Idrissi l’a interprétée plusieurs fois devant lui par la suite. Le peuple marocain l’a également chantée avec enthousiasme, surtout lorsqu’il clamait son amour pour la patrie chérie, en entonnant avec sa voix puissante : “Vivez, ô mon pays, vivez, ô mère généreuse, abondante de bien et de bonté”.

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Composition d’un trio musical inventif ayant marqué la fin des années soixante

Traduction d’un article publié dans Akhbar Al Youm en 2018

Lors d’une des soirées musicales que j’organisais presque tous les soirs chez moi, au milieu des années 1960, et alors que nous venions de terminer de répéter la chanson “Fakrouni”, un chef-d’œuvre de la diva Oum Kalthoum, composé par le maître Mohammed Abdel Wahab, nous fûmes surpris par l’observation d’un participant assidu à nos soirées, où mon ami Hassan Kadmiri interprétait avec brio des chansons d’Oum Kalthoum. Il s’agissait du regretté Ali Hadani.

« Avez-vous remarqué, dit-il, le paradoxe développé dans les paroles de cette chanson, où l’on dit une chose et son contraire ? »

« Notez, ajouta feu Ali Hadani, que les deux premières strophes expriment les reproches faits à ceux qui viennent rappeler à cet amant des souvenirs douloureux : “Après avoir cru que j’avais bien oublié, vous venez me rappeler cet amour”. Mais cet amant, qui se lamente, va se révolter dans le dernier couplet en disant : “Comment peuvent-ils me rappeler mon amour ? L’avais-je en fait oublié ? Alors qu’il est plus proche de moi que je ne le suis de moi-même.” Cela ne signifie-t-il pas dire une chose et son opposé ? »

« Que pensez-vous, poursuivit-il, si je transpose cette idée de strophes en opposition dans un poème en dialecte marocain ? »

Pour moi, c’était une observation précieuse venant d’un poète encore dans ses premiers essais de parolier. Je ne m’attendais pas à la prouesse poétique qui allait en découler, car ce parolier en herbe allait nous surprendre lors de la prochaine soirée en nous lisant, avant que nous ne nous séparions au milieu de la nuit, son premier essai : “La blessure étant bien guérie et ayant pensé que mon cœur vous avait bien oublié, voilà qu’ils viennent te rappeler à moi…”.

Le lendemain, je suis arrivé chez moi en retard, à cause de mon travail en tant qu’ingénieur au ministère de l’Industrie ; c’était à la fin de 1966. Mon ami Hassan Kadmiri, qui m’avait précédé à la maison, était en train d’interpréter une mélodie captivante que je n’avais jamais entendue. « Quel est le compositeur de ce merveilleux air ? » lui demandai-je. Il répondit : « Tu aimes vraiment ? » J’acquiesçai. Alors il m’expliqua : « Hier soir, je n’avais pas sommeil, alors j’ai travaillé sur le premier paragraphe de cette chanson. »

Je ne l’avais pas cru, car mon ami Hassan Kadmiri était encore à ses débuts en matière de composition musicale, mais je fus rapidement convaincu de la véracité de ses propos, car les paroles en question étaient bien celles que nous avions écoutées la veille. Cela m’avait conduit à lui dire : « Si tu es capable de produire une telle composition, tu deviendras certainement l’un des grands compositeurs du Maroc. » Et ce fut effectivement le cas.

Il est remarquable que cette chanson, qui fut interprétée par feu Mohamed El Hayani avec une maîtrise exceptionnelle, ait été son premier grand succès. Ainsi, un trio créatif marocain composé d’Ali Hadani, Hassan Kadmiri et Mohamed El Hayani se forma pour nous émerveiller avec différentes chansons qui allaient marquer la fin des années 60. Le parolier feu Ali Hadani utilisa à merveille cette opposition d’idées, notamment dans la chanson “Chaud et Froid”, qui remporta le prix de la meilleure chanson de la saison 1971.

Que Dieu ait en sa miséricorde feu Ali Hadani, ainsi que le regretté chanteur Mohamed El Hayani, et qu’il bénisse et protège mon frère Hassan Kadmiri, celui qui nous a enchantés plus tard par ses compositions, considérées comme des chefs-d’œuvre de la chanson marocaine, telles que “Ma promesse, ô ma promesse”, interprétée par Samira Bensaïd, “Ya Jara Wadina” par feu Naima Samih, et “Ma Takchi Fiya” par Abdelhadi Belkhayat.

Driss Kettani
Ancien ambassadeur

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Lorsque Hassan II aVAIT chargé FEU Mahmoud Idrissi de transmettre son mécontentement au sujet du comportement de trois chanteuses marocaines.

Une des histoires les plus surprenantes que le regretté Mahmoud Idrissi m’a racontées concerne une mission secrète qu’il a reçue de feu Hassan II. Le roi lui avait confié la tâche délicate de transmettre son mécontentement à trois chanteuses marocaines qui avaient selon l avis de SM renoncé à leur identité marocaine en choisissant de chanter exclusivement en dialecte égyptien. Ces trois artistes étaient alors invitées par le roi à participer aux festivités de la fête nationale à Marrakech.

Mahmoud Idrissi raconte : « Sa Majesté m’a chargé d’aller à l’hôtel La Mamounia, de rejoindre l’une des chanteuses dans sa suite, et d’y convoquer les deux autres. Une fois les trois réunies, je devais leur transmettre le mécontentement de SM concernant leur abandon de la musique marocaine au profit du dialecte égyptien, sans leur révéler que j’étais son emissaire. » evidemment feu Mahmoud a exécuté cette mission avec discrétion, comme demandé par le roi. La réaction des chanteuses a été immédiate : deux d’entre elles ont décidé de se retirer définitivement de la scène musicale sans réserve. Quant à la troisième, elle etait prete a faire de meme mais à condition d’être compensée financierement a hauteur de ses revenus annuels qu’elle avait estimés à un certain montant bien élevés. Finalement, les deux premières ont mis effectivement fin à leur carrière jusqu à ce jour, tandis que la troisième a poursuivi sa carrière en Orient, mais en situation de discorde avec feu Hassan 2.

feu Mahmoud El Idrissi , bien qu’il aurait aimé obtenir l’acrd de ces glorieuses chanteuses pour publier cette histoire, m avait expliqué que de ce fait il avait toujours évité d évoquer cette question, même dans les cercles artistiques privés. Pour cette raison j evite aujourd hui de mentionner leurs noms sauf où cas ou je recois leurs autorisassions

Feu Mahmoud m explique que Hassan II s’opposait toujours à l’idée que les créateurs et artistes marocains s’expatrient en Orient pour y adopter leurs cultures . Il se souvient également d’une anecdote racontée par le célèbre chanteur marocain Abdelhadi Belkhayat : lors d’une rencontre en présence de Hassan II, le compositeur égyptien Mohamed Abdel Wahab avait proposé à Belkhayat de venir au Caire pour enregistrer certaines de ses composition. feu Hassan II aurait immédiatement reagi en murmurant à l’oreille de Belkhayat : « je te couperai les jambes si tu vas là-bas »

Cette opposition du roi reflétait son désir constant de voir les Marocains maintenir leur identité, même à l’étranger. Il était également opposé à l’idée que les Marocains de l’étranger participent aux élections locales des pays où ils résident, estimant qu’ils doivent rester Marocains avant tout, peu importe les autres nationalités qu’ils pourraient acquérir.

La proximité de feu Mahmoud El Idrissi avec Hassan II s’est renforcée au fil du temps, au point que le roi lui demandait parfois de rester après les spectacles prives organises au palais pour lui chanter un passage d une chanson qui l’avait particulièrement ému, dédiée à son père feu Mohammed V lorsqu’il était en exil. Ce passage était si émouvant que le roi lui demandait de le répéter à plusieurs reprises, les larmes aux yeux.

Mahmoud El Idrissi m’a également confié comment certaines personnes avaient tenté de ternir sa relation privilégiée avec Hassan II en l’accusant d’avoir vendu l’un des costumes que le roi lui avait offerts. Cependant, il a pu prouver son innocence en lui prouvant qu’il conservait précieusement ces costumes chez lui.

Durant ses multiples séjours a la residence marocaine au Koweït, ma femme témoigne que malgré sa présence prolongée de plusieurs mois feu Mahmoud Idrissi était d’une discrétion absolue, passant la plupart de son temps dans sa chambre sans se faire remarquer. jusqu a mon retour de l ambassade Contrairement à certains artistes que j avais côtoyés, il n’a jamais fait preuve d égocentrisme ou de megalomanie, il ne chantait ses propres chansons lors de nos soirées littéraires et musicales,que porsqu’on le lui demande ,préférant souvent d interpréter des classiques de Mohamed Abdel Wahab, tels que « Cléopâtre », « Al-Gondoul » et « An-Nahr al-Khaled » et autres classiques de sanbati qu’il interpretait d ailleurs à la perfection.

que DIEU ait son ame en miséricorde

Driss Kettani

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Comment « sit oumkaltoum » est venue au Maroc – driss Kettani – Revue Zamane – Mars 2018

histoire de la venue de SAYDA OUMKALTOUM au Maroc

driss Kettani

En ce mois de mars de l’année 2018), cela fait cinquante ans que la célèbre chanteuse égyptienne oum Kulthum est venue au Maroc, où ses trois concerts ont été parmi les plus réussis de sa carrière, aussi bien en Égypte qu’à l’étranger.

Ce qui m’a poussé aujourd’hui à révéler ce qui s’est passé a propos de l’organisation de cette visite, c’est une rencontre récente, lors d’un événement familial, avec un ancien ami, Abdelatif Zayat, que j’avais connu au Caire à la fin des années 1960. Ce dernier m’a rappelé notre présence au concert d oum Kulthum au Caire en septembre 1969, et la conversation que nous avions eue à propos de sa venue au Maroc. Je lui avais raconté comment j’avais été à l’origine de l’idée d’organiser cette visite, comment j’avais suggéré la date de son arrivée, le lieu de ses concerts, le nombre de spectacles, les prix des billets, et plus encore, comment j’avais sélectionné les six chansons qu’elle a effectivement chantées lors de ses trois prestations

Bien sûr, tout cela peut sembler difficile à croire, à tel point que j’avais pris l habitude d éviter d’en parler, même à mes proches et amis

Devant la surprise des personnes présentes, M. Zayat m’a pressé de confirmer la véracité de cette histoire et m a invite avec insistence a publier ces donnees, d’autant plus que nous vivions le cinquantenaire de cette visite

Aussi je profite de cet anniversaire pour consigner ce qui s’est passé pour l’histoire.

En septembre 1967, alors que j’avais environ vingt-cinq ans, je me rendais en Grèce pour assister à une conférence en tant que membre d’une délégation marocaine, étant à l’époque ingénieur d’études au ministère de l’Industrie. Il n’y avait pas de vols directs entre Casablanca et Athènes, j’ai donc etais contraint de passer par Paris et d y passer la nuit. Avant de me rendre à l’aéroport d’Orly pour continuer mon voyage, j’ai rencontré le regretté Taieb Ben yaich au Café de la Paix, accompagné de M. Fernand Lumbroso, que j’avais déjà rencontré au Maroc lors de ses visites répétées.

M. Lumbroso, juif, de nationalité française, né à Alexandrie en Égypte, dirigeait l’une des plus grandes entreprises d’organisation de spectacles en France, qui portait son nom (Spectacle Lumbroso). Chaque fois que je passais par Paris, il me donnait des billets gratuits pour assister à des concerts, spectacles pièces de théâtre.

lors d’une visite à la médina de Rabat en 1966, en compagnie de M. Lumbroso, nous avoins entendu une des chansons d’om Kulthum diffusée par un café. mon interet porte a cette chanson a suscité une conversation entre nous sur “la Dame”, et il a pu constater ma passion pour ses chansons, que je connaissais par cœur.

Alors que j’étais sur le point de le quitter au café de la paix à Paris, M. Lumbroso m’a surpris en me disant : « driss, toi qui adores Umm Kulthum, j’ai une bonne nouvelle pour toi : la Dame viendra à Paris avant la fin de cette année pour chanter à l’Olympia, qui est dirigé par un de mes amis. » J’ai réagi en disant : « C’est impossible, car cela ne fait que quelques mois depuis la Naksa (Juin 1967), comment pourrait-elle penser à chanter ? » Il m’a répondu qu elle avait signé un contrat pour chanter avant la guerre, et bien qu’elle ait cessé de chanter après la défaite, elle était obligée de respecter le contrat, faute de quoi elle devrait payer une amende. Elle a donc décidé de respecter le contrat tout en affectant tous les revenus de ce concert aux œuvres sociales de l’armée égyptienne. Il ajouta : « De toute façon, je t’ai déjà réservé une place pour assister à ce concert programmé pour novembre 1967. »

J’étais ravi d’entendre cette nouvelle, mais je n’ai pas osé lui dire que je n’avais pas les moyens de payer le billet d’avion, qui était très cher à l’époque par rapport à mon salaire mensuel, qui ne dépassait pas les mille dirhams.

Comment pourrais-je alors réaliser mon rêve de voir oum Kulthum ? Assister à ce concert était pour moi une opportunité unique dans une vie, tout comme pour la plupart des Marocains.

Une idée audacieuse m’est venue à l’esprit, et je l’ai proposée spontanément. J’ai dit à M. Lumbroso : « Pourquoi tu n organises pas toi meme des concerts pour elle au Maroc ? »

sa premiere reaction etait negative: « Je n’y ai pas pensé puisque ce ne serait p rentable, en raison du faible pouvoir d’achat des Marocains et du coût élevé du contrat et des frais de transport et d’hébergement de l’orchestre énorme qu’oum Kulthum insiste pour emmener avec elle. »

Je me suis alors mis à le convaincre du contraire. Je lui ai dit : « Je pense que le Théâtre Mohammed V à Rabat a environ deux mille places, et même si le prix moyen des billets est inférieur à celui de l’Olympia, cela pourrait être compensé en organisant trois concerts en une semaine au lieu d’un ou deux. Cela porterait le nombre de billets à environ six mille. Si l’on fixe un prix moyen de 150 dirhams par billet, les revenus pourraient ne pas être très différents de ceux de l’Olympia. » Mon désir de le convaincre m’a conduit à imaginer des détails auxquels je n’avais jamais pensé auparavant. Après avoir fait quelques calculs sur la base des chiffres que j’avais proposés et en tenant compte du contrat signé par Umm Kulthum avec son ami Bruno Coquatrix, M. Lumbroso a commencé à changer d’avis, d’autant plus que je lui ai assuré que, bien que les prix des billets soient élevés par rapport au pouvoir d’achat de nombreux Marocains, leur amour pour Umm Kulthum les pousserait à vendre leurs biens s’il le fallait pour assister à ses concerts.

Alors que je m’apprêtais à partir, M. Lumbroso m’a demandé : « Quand retournes-tu au Maroc ? » Je lui ai répondu : « Dans une semaine. » Il m’a alors dit : « Parle de cette idée à Ali et restons en contact. »

Le « Ali » dont il parlait était Ali Ben Aich, le frère de Taieb present a cette discussion et qui travaillait avec M. Lumbroso dans son entreprise à Paris.

Les regrettés Ali et Taieb Ben Aich étaient les fils du fqih Mohammed Ben Aich, chambellan du roi Mohammed V et du roi Hassan II, décédé en octobre 1966, moins d’un an avant cette rencontre. Il avait été remplacé à ce poste par son fils Ali, qui était très proche du roi Hassan II et avec qui j’entretenais une relation amicale et familiale de longue date.

Dès mon retour au Maroc, lors d’une conversation avec le chambellan Ali Ben Aich, je lui ai raconté ce qui avait été discuté entre M. Lumbroso et moi au sujet d’Umm Kulthum. Je m’attendais à ce que ce sujet ne l’intéresse pas, mais j’ai été surpris par sa réaction. Dès qu’il a entendu parler de l’idée et des détails que j’avais suggérés à M. Lumbroso, il a immédiatement contacté Ahmed Senoussi, alors ministre de l’Information, pour lui annoncer la bonne nouvelle de la venue d’Umm Kulthum au Maroc. Après avoir raccroché, il m’a informé que le ministre avait donné son accord administratif et qu’il informerait le roi de cette bonne nouvelle dès qu’une date serait fixée pour sa venue.

Ainsi, en quelques minutes, l’accord administratif a été donné, comme si nous avions déjà reçu l’accord d’Umm Kulthum pour venir au Maroc, alors que tout cela n’était encore qu’une simple idée. Ma surprise a encore grandi lorsque j’ai entendu le chambellan appeler l’ambassadeur d’Égypte à Rabat pour lui annoncer la bonne nouvelle. Une fois l’appel terminé, il m’a dit : « L’ambassadeur t’attend demain pour obtenir plus d’informations sur la visite, il m’a demandé si cette société avait un représentant au Maroc et j’ai dit oui, pour gagner du temps. » Je lui ai répondu : « Je ne connais rien à propos de la société Lumbroso et je ne suis pas autorisé à parler en son nom. » Il m’a répondu : « Tout ce que tu as à faire, c’est de lui donner n’importe quelle réponse à ses questions, car son intervention ne sera que formelle. »

Je ne pouvais pas refuser, surtout étant donné que j’étais l’initiateur de l’idée et celui qui désirait le plus voir ce rêve se réaliser, et assister à Umm Kulthum chanter en direct devant mes yeux.

Le lendemain, je me suis retrouvé dans le bureau de l’ambassadeur, Hassan Fahmy Abdel Meguid, accompagné de mon cousin Mohammed Al-Muntasir Lebbar, qui m’avait conduit parce que je n’avais pas de moyen de transport. L’ambassadeur était assis derrière son bureau

, notant chaque réponse mot à mot, contrairement à ce à quoi je m’attendais. Il m’a demandé : « Quelle est cette société ? » Je lui ai répondu que son propriétaire était un juif français né à Alexandrie et qu’il avait un lien direct avec le bureau d’Umm Kulthum.

Il m’a ensuite demandé la date de la visite, et j’ai improvisé une réponse, bien que je savais qu’Umm Kulthum serait celle qui fixerait la date en fonction de son agenda, si toutefois elle acceptait de venir. Mais pour lui donner l’impression que le projet avait été bien étudié et que ce n’était pas une simple idée, j’ai décidé d’improviser des réponses précises, en tenant compte de l’indication du chambellan selon laquelle cette réunion ne serait que formelle. J’ai répondu : « Nous proposons début mars de l’année prochaine, car le climat est à cette période très agréable. » L’ambassadeur a réagi avec enthousiasme : « Excellent, excellent, surtout que cela coïncide avec les fêtes nationales. » Il a ajouté : « Il vaudrait donc mieux que la visite ait lieu le 3 mars, pour coïncider avec la Fête du Trône, ce qui réjouira sans aucun doute Sa Majesté. » J’ai remarqué que l’ambassadeur, qui semblait très enthousiaste à l’idée, voyait probablement dans cet événement une occasion de réchauffer les relations entre son pays et le Maroc, qui avaient connu beaucoup de tensions après la guerre des sables avec l’Algérie en octobre 1963.

Il m’a ensuite demandé : « Où chantera-t-elle ? » J’ai répondu sans hésitation, en fonction de ce que j’avais déjà suggéré à M. Lumbroso : « Au Théâtre Mohammed V à Rabat. » « Et dans quelles autres villes ? » J’ai répondu que la société tenait à minimiser les coûts de déplacement, donc elle organiserait trois concerts au même endroit pour limiter les frais de séjour à dix jours. « Donc, elle ne chantera pas à Casablanca, Fès ou Marrakech ? » J’ai répondu que ce n’était pas nécessaire, car les admirateurs d’Umm Kulthum au Maroc sont plus nombreux qu’on ne peut l’imaginer, et qu’ils viendront de tout le pays pour l’écouter.

« Et combien coûteront les billets ? » J’ai répondu, encore une fois en fonction de ce que j’avais discuté avec M. Lumbroso : « Il y aura trois catégories de prix, avec un prix moyen de 150 dirhams, les prix allant de tant à tant en fonction du nombre de places disponibles dans chaque catégorie. »

Après ces questions d’organisation auxquelles j’ai répondu sans difficulté, il m’a surpris avec une question inattendue : « Et quelles chansons va-t-elle chanter ? » Ma première réaction a été de penser à rappeler à l’ambassadeur ce que je savais des magazines égyptiens que je lisais régulièrement, à savoir qu’Umm Kulthum choisissait elle-même les chansons qu’elle allait interpréter et qu’elle tenait ce choix secret jusqu’au dernier moment. Mais pour ne pas donner l’impression à l’ambassadeur qu’il n’était pas informé sur ce sujet, et étant donné que cette discussion était de toute façon formelle, j’ai décidé de lui proposer six chansons qui me sont venues à l’esprit à ce moment-là, pour des raisons que je pourrais expliquer plus tard. J’ai donc dit : « Amal Hayati, Al-Atlal, Fat Al-Mi’ad, Fakkaruni, Rubaiyat Al-Khayyam, Al-Hawa Ghallab. »

Je me souviens encore, et mon cousin Al-Muntasir Lebbar qui m’accompagnait peut en témoigner, que lorsque j’ai proposé la chanson « Al-Hawa Ghallab », l’ambassadeur a cessé d’écrire et s’est levé de son siège. Il s’est approché de moi pour m’embrasser le front, en disant avec étonnement : « Vous connaissez cette chanson ici ? Je ne l’ai jamais entendue depuis que je suis au Maroc. » Je lui ai répondu : « Je suis un grand admirateur d’Umm Kulthum, et je connais par cœur les paroles de ses chansons depuis des années. Cette chanson est écrite par Bayram Al-Tunisi et composée par le musicien Sheikh Zakaria Ahmed. » Il a répondu : « Mon fils, cette chanson est une pure merveille, mais elle n’est pas largement diffusée, même en Égypte. »

Plusieurs semaines après cette rencontre, feu Ali benyaich le chambellan, m’a informé de l’évolution de cette idée, que je n’avais pas pu suivre. À l’époque, il était presque impossible d’appeler Paris en raison du coût élevé des appels téléphoniques.

Le chambellan m’a dit : « Tout a changé suite aux ordres de Sa Majesté le Roi. » Lorsque le ministre de l’Information Ahmed Senoussi a informé le roi de la venue prochaine d’Umm Kulthum au Maroc, et que c’était une société française qui organiserait ces concerts, le roi a répondu qu’il était inconcevable de faire appel à une société étrangère pour organiser un événement que nous pouvions organiser nous-mêmes.

Ainsi, à la demande du ministère de l’Information, et dans des circonstances que j’ignore, le nom du contractant a finalement été changé, et il a été demandé à M. Lumbroso de se retirer, peut-être en échange d’une compensation.

C’est ainsi que je me suis retrouvé éloigné des détails restants de cette opération en raison de ce changement soudain d’organisateur.

À l’époque, je n’étais pas informé du montant du contrat auquel M. Lumbroso avait accepté après avoir échangé des propositions avec les représentants d’Umm Kulthum, mais j’ai appris de M. Ali Ben Aich qu’un montant équivalent avait été ajouté en dehors du contrat, car ce dernier ne comprenait pas la diffusion télévisée, ce qui a permis aux Marocains de voir Umm Kulthum chanter en direct au Théâtre Mohammed V.

Étrangement, le destin a voulu que je ne puisse pas assister au premier concert, que j’ai suivi à la télévision chez mon oncle, car j’avais appris trop tard que je ne pouvais pas accompagner le chambellan pour des raisons de sécurité, et je n’avais pas réussi à acheter un billet même au marché noir. Heureusement, mon oncle, le regretté Hafid Lebbar, avait plusieurs billets et m’en a donné deux pour les deux concerts restants.

J’ai été impressionné et étonné en regardant le premier concert à la télévision de voir qu’Umm Kulthum avait chanté « Amal Hayati » et « Al-Atlal », comme je l’avais suggéré à l’ambassadeur égyptien. J’ai pensé que c’était peut-être une coïncidence, car ces deux chansons étaient alors extrêmement populaires.

Mais ma surprise a été grande lorsque j’ai assisté aux deux concerts restants, où elle a chanté « Fat Al-Mi’ad » et a repris « Al-Atlal » lors du deuxième concert, et a chanté « Rubaiyat Al-Khayyam » et « Al-Hawa Ghallab » lors du troisième concert. J’ai alors conclu que le rapport que l’ambassadeur avait envoyé à son pays avait été pris en compte. Cette conviction a été confirmée lorsque j ai rencontré par hasard mr l ambassadeur lors du troisième concert pendant l’entracte, où il m’a dit : « Félicitations, la Dame va chanter ta chanson. » Et c’est effectivement ce qui s’est passé.

En retournant dans la salle, l’orchestre a commencé à jouer « Al-Hawa Ghallab », et la réaction du public a été très enthousiaste, bien plus que lors de l’interprétation de « Fat Al-Mi’ad » ou même de « Rubaiyat Al-Khayyam ». Au lieu de chanter cette chanson en environ trente ou quarante minutes pour ensuite interpréter « Fakkaruni », Umm Kulthum, emportée par l’enthousiasme du public, a continué à chanter et à improviser, s’abandonnant totalement à la musique et aux paroles, répétant « Ya qalbi ah el-hob warah ashjan wa alam, andam wa atoub wa ala el-maktoub mayfish nadam », portant la durée de la chanson à près d’une heure et quart.

Évidemment, Umm Kulthum n’a chanté qu’à Rabat dans le cadre du contrat, et lorsqu’elle a chanté à Marrakech au Casino de Saadi, c’était lors d’un concert privé pour la cour royale, en réponse à l’invitation du roi.

Quant au fait qu elle n avait pas chanter « Fakkaruni » lors du deuxième concert, préférant reprendre « Al-Atlal », j’ai appris plus tard du chambellan que c’était à la demande du prince Moulay Abdellah, qui l’avait implorée avec insistance, quelques minutes avant d’entrer sur scène, de répéter « Al-Atlal ». Elle avait promis de le faire sans répéter les couplets, ayant déjà chanté cette chanson quatre jours auparavant sur la même scène, afin de pouvoir ensuite chanter « Fakkaruni ». Cependant, une fois de plus, l’enthousiasme du public et son insistance l’ont amenée à interpréter la chanson avec encore plus d’improvisation et d’émotion que lors du premier concert.

Malheureusement, aucune de ces enregistrelents video n est disponible aux archives de la télévision marocaine depuis 1972 et aucune autre copie n est diffusee sur les reseaux sociaux ou autres chaines de television

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L’histoire de trois talents du football marocain

Journal Akhbar Al-Youm

J’ai été profondément attristé d’apprendre la récente maladie du talentueux Mohamed Timoumi, et j’ai décidé de partager ce témoignage que je garde précieusement depuis près de quarante ans.

Vers la fin de l’année 1983, M. Valente, entraîneur de l’équipe nationale marocaine, m’a rendu visite à mon bureau à Rio de Janeiro, au Brésil, juste après son retour du Maroc. Il m’a annoncé qu’il avait décidé de mettre fin à ses fonctions de sélectionneur et entraîneur de notre équipe nationale. J’avais joué un rôle clé dans son engagement, en le proposant aux autorités marocaines et en l’accompagnant lors de sa première visite au Maroc après avoir discuté des termes du contrat qu’il avait signé avec la Fédération royale marocaine de football.

Valente est l’homme qui a construit l’ossature de notre équipe nationale extraordinaire qui a participé à la Coupe du Monde de 1986 au Mexique sous la direction du regretté Mehdi Faria.

À cette époque, je travaillais à Rio de Janeiro comme conseiller économique à l’ambassade du Maroc, et je n’avais pas beaucoup d’informations sur notre équipe nationale en raison de la rareté des informations auxquelles j’avais accès. Je lui ai donc demandé de me parler des membres de cette équipe qu’il avait formée en moins de quatre mois, et avec laquelle il avait remporté la médaille d’or aux Jeux méditerranéens organisés au Maroc en 1983, un exploit remarquable malgré les obstacles et les difficultés auxquels il a fait face de la part des responsables. Cet environnement l’a poussé à fuir, oui, à fuir le Maroc et à venir directement m’informer, disant : “C’est une équipe incroyable qui possède de jeunes talents rares capables de briller sur la scène mondiale.”

Devant ma surprise, il ajouta : “Je sais que vous êtes membre de l’association ‘Supporters de Flamengo’, l’équipe exceptionnelle qui a récemment remporté la Coupe du Monde des Clubs. Vous savez aussi que j’étais l’entraîneur adjoint de cette équipe dorée qui comprenait les piliers de l’équipe nationale brésilienne ayant participé à la Coupe du Monde 1982 en Espagne, comme Zico, Junior, et Leandro. Et vous savez aussi qu’à la même époque, j’enseignais le football à l’université de Rio de Janeiro jusqu’à mon départ pour le Maroc. Eh bien, je vous le dis : dans votre équipe nationale actuelle, il y a au moins trois joueurs qui pourraient jouer comme titulaires, non comme remplaçants, dans l’équipe de Flamengo.”

C’était un discours difficile à croire, car à l’époque, la renommée de Flamengo rivalisait avec celle du Barça sous Guardiola. Imaginez la portée de ce témoignage concernant des joueurs marocains évoluant dans un cadre non professionnel. Mais qui étaient ces trois joueurs talentueux que M. Valente considérait parmi les meilleurs au monde ?

Il s’agissait des brillants Mohamed Timoumi, Badou Zaki, et Aziz Bouderbala.

Je ne les connaissais pas bien à ce moment-là, car je n’avais pas eu l’occasion d’assister à l’un de leurs matchs, étant à l’étranger. Mais après la fin de ma mission au Brésil, j’ai suivi leurs carrières. Timoumi a remporté le Ballon d’Or africain en 1985, Badou Zaki l’a remporté l’année suivante, et Bouderbala a été classé deuxième meilleur joueur d’Afrique la même année, juste derrière son coéquipier Badou Zaki.

Ils ont eu une participation remarquable avec notre équipe nationale au Mexique en 1986, où ils ont dépassé toutes les attentes. L’équipe a atteint le deuxième tour en tête de son groupe, composé de l’Angleterre, de la Pologne et du Portugal, un exploit inédit pour une équipe arabe, africaine ou asiatique, qui pourrait rester inégalé sur le long terme. Le gardien Badou Zaki s’y est distingué au point d’être choisi dans l’équipe type de cette Coupe du Monde.

En suivant les matchs de qualification, où notre équipe nationale a fait match nul avec l’Angleterre et la Pologne, et a remporté une victoire éclatante contre le Portugal par trois buts à un, je me suis rappelé ce précieux témoignage de Valente concernant ces trois joueurs, que j’ai gardé en mémoire pendant quatre décennies. Je le transmets aujourd’hui à eux, à leurs fans, et à leurs admirateurs, en particulier à M. Mohamed Timoumi, dont la maladie m’a profondément attristé. Puisse Dieu le guérir et prolonger sa vie.

Pour plus d’informations sur la formation de cette équipe et sur cette période, consultez l’interview détaillée publiée dans le même journal intitulée “Mon histoire avec Faria”, également disponible sur mon compte personnel.

إدريس الكتاني
سفير سابق

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MON HISTOIRE AVEC L ENTRAINEUR BRESILIEN FEU MAHDI FARIA

24 articles publiés en arabe dans le journal akhbar alyoum parallèlement au deroulement de la coupe du monde de 2018

désolé pour cette traduction approximative

C’est ainsi que Hassan II m’a chargé de trouver un entraîneur brésilien pour notre équipe nationale de football

présentation du journaliste

Ambassadeur et conseiller économique au Brésil au début des années 1980, M. Driss Kettani dévoile pour la première fois à “Akhar al ayoum” des détails passionnants sur la mission que lui avait confiée feu Hassan II pour trouver un entraîneur brésilien pour l’équipe nationale de football, ainsi que sur les complications inattendues qui ont accompagné l’exécution de cette mission royale.

Abdelhak Belchgar

En même temps que la Coupe du monde en Russie 2018, les Marocains se souviennent toujours du grand exploit réalisé par l’équipe nationale lors de la Coupe du monde de 1986 au Mexique. Ce fut la première équipe nationale arabe, africaine, et même asiatique, à passer au deuxième tour de la Coupe du monde en tête de son groupe. Le sélectionneur de cette équipe était le Brésilien Mehdi Faria (José Faria avant sa conversion à l’islam au Maroc). Cependant, l’histoire de son recrutement, et de qui était derrière la recherche et la persuasion de ce coach pour entraîner d’abord l’équipe des Forces Armées Royales puis l’équipe nationale, n’a jamais été publiée; cet entraîneur brésilien qui a aimé le Maroc et y a vécu depuis son arrivée en 1983, jusqu’à son décès dans de tristes circonstances en 2016.

C’est une histoire fascinante racontée à “Akhbar Al-Youm” par l’ancien ambassadeur du Maroc au Koweït, Driss Kettani, qui dit ne pas l’avoir racontée depuis 35 ans.

Mr Kettani a occupé plusieurs postes à caractère économique et politique depuis le milieu des années 1960, mais le destin a voulu que Hassan II lui confie une mission relative au domaine du sport, qui n’était pas du tout de son ressort. Né à Fès en mars 1943, il est diplômé de l’École Mohammadia d ingénieurs promotion 1965. Il a rejoint l’administration publique en tant qu’ingénieur spécialisé dans les études de projets industriels au ministère chargé de l’Industrie, et a gravi les échelons pour devenir directeur de cabinet du ministre de l’Industrie du Commerce des mines de l energie et de la marine marchande,feu Abdelatif El-Ghissassi, en 1974-1975. Il a également été nommé représentant du Maroc au Comité consultatif permanent de l’Union du Maghreb Arabe, basé à Tunis, à la fin de 1975, avant de revenir au Maroc en 1977 pour diriger la société maroco-allemande d exploitation des sucreries marocaines. Par la suite, il a occupé le poste de conseiller économique au sein de la mission permanente du Maroc auprès des Nations Unies à New York à partir de 1981.

Son expertise économique l’a fait nommer parmi les 20 conseillers économiques choisis en 1982 pour être affectés dans les principales ambassades du Maroc à l’étranger. C’est ainsi que commence son histoire avec l’entraîneur feu Faria, et avant lui,le professeur sélectionneur Jaime Valente.

mr kettani raconte qu’en août 1982, il a été convoqué au Palais Royal, avec d’autres conseillers, pour être présenté au défunt roi Hassan II. Lorsque son nom a été appelé, ainsi que le pays où il devait être affecté (Driss Kettani… Rio de Janeiro), Hassan II lui a demandé : « intéressez-vous au football ? » Kettani a répondu : « Oui majesté » Le roi lui a ensuite demandé : « Avez-vous suivi la dernière finale de la Coupe du monde ? » (les finales en Espagne venaient de se terminer il y a quelques semaines). Il a répondu : « Oui. » Hassan II a alors dit : « Selon vous, quelle est la meilleure équipe de ce Mondial ? » Kettani a répondu : « L’équipe brésilienne. » Le roi a répondu : « C’est aussi mon avis. » Et il a poursuivi : « Votre première mission dès votre arrivée au Brésil sera de nous trouver un très bon entraîneur pour l’équipe nationale. »

Les quatres ministres et conseillers royaux présents à cette réception étaient stupéfaits et se demandaient en eux-mêmes : « Pourquoi le roi confie-t-il à un conseiller économique la mission de chercher un entraîneur de football ? Et pourquoi le ministère de la Jeunesse et des Sports e la Fédérattion Royale Marocaine de Football (FRMF) ont été écartés ? »

Dans ces épisodes fascinants, M. Kettani racontera comment il a commencé à chercher l’entraîneur dès son arrivée à Rio de Janeiro, les difficultés qu’il a rencontrées, notamment avec l’ambassadeur du Maroc à Brasilia, ainsi qu’avec les differents ministeres concernés Il révélera également les circonstances de la proposition de l’entraîneur brésilien Jaime Valente, qui a formé la première ossature de l’équipe nationale qui va remporter les jeux méditerranéens a peine quatre mois apres son arrivée, avant de disparaître soudainement sans avertissement dans des circonstances non élucidées. Il racontera également comment la responsabilité de l’équipe nationale est passée à Mehdi Faria, qui était initialement candidat pour entraîner l’équipe des Forces Armées Royales à la demande de feu Hassan II.

Mehdi Faria, l’entraîneur qui est venu “contre son gré” au Maroc et juste pour passer une semaine au Maroc, va y sejounner jusqu a sa mort avant de réaliser le plus grand exploit jamais égalé avec l’équipe nationale marocaine et avec l’équipe des Forces Armées Royales.

Journal Akhbar Al-Youm : Mardi 3 juillet 2018

Numéro : 2635

Les Épisodes

Tous les épisodes ont été publiés dans le journal Akhbar Al-Youm, à l’exception de quelques épisodes qui n’ont pas été publiés pour diverses raisons. Bonne lecture…

Mon histoire avec Entraineur Faria – Épisode 2

Kettani : Des motivations politiques derrière l’insistance de Hassan II pour recruter un entraîneur brésilien – Pourquoi le roi vous a-t-il confié cette mission plutôt qu’aux instances compétentes ? C’est…

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Mon histoire avec Entraineur Faria – Épisode 7

Al-Kettani : Les complications pour transmettre la liste des entraîneurs brésiliens au palais royal – Est-ce que l’entraîneur Travallini connaissait l’équipe nationale marocaine ? – Il connaissait beaucoup de choses…

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Mon histoire avec Entraineur Faria – Épisode 15

Al-Kettani : Valente a découvert Timoumi, Hadawi et Bouderbala – Valente a-t-il réussi à convaincre les responsables de la Fédération d’organiser un entraînement entre l’équipe nationale et l’équipe espoir ?…

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