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La chanson qui a ramené Mahmoud El Idrissi au palais

Cela s’est passé au début de l’année 1973. Le défunt Mahmoud El Idrissi, cet homme au grand cœur, distingué par sa noble éthique, son humilité, son amour pour les gens et pour la patrie avant même ses capacités artistiques, raconte : « J’étais très jeune quand j’ai été introduit au palais royal, dit-il, que Dieu ait son âme. Je n’étais pas au fait des protocoles du palais ni des traditions de la cour royale. Un jour, alors que j’étais en présence de Sa Majesté, dans une ambiance détendue, j’ai involontairement mis ma main dans ma poche, ignorant que cela était strictement interdit à l’intérieur du palais. Je me suis alors retrouvé persona non grata, et je n’étais plus aussi bienvenu pour assister aux fêtes et aux séances musicales qui étaient fréquemment organisées au palais royal à cette époque. »

Il me racontait cette histoire à ma résidence au Koweït, alors que j’exerçais mes fonctions d’ambassadeur du Maroc dans ce pays frère. Il était très angoissé par cet incident qui aurait pu freiner ses ambitions sociales avant même ses aspirations artistiques. « Entrer au palais à l’âge de vingt ans à peine relevait pour moi du miracle, mais Dieu est grand, et Il a mis sur mon chemin, sans que je le sache, quelqu’un qui m’a sauvé de ce pétrin. Le salut est venu de la part d’un homme à qui je resterai redevable toute ma vie, que Dieu lui accorde longue vie (cet entretien a eu lieu en 1998). C’est le grand créateur et compositeur, M. Bennabdesselam, qui m’a pris par la main et m’a dit en substance : “Tu retourneras bientôt au palais, si Dieu le veut”. Il m’a alors montré le projet d’une chanson patriotique qu’il était en train de composer et qu’il était sûr que, dès que Sa Majesté l’entendrait, il me rappellerait et me demanderait de la chanter à plusieurs reprises, et c’est ce qui s’est passé. »

Après avoir enregistré cette chanson qui commence par un “Mawal” (une forme musicale traditionnelle) tiré du patrimoine marocain authentique, une tournée a été organisée dans la plupart des villes marocaines. La radio nationale, en annonçant ces concerts organisés dans le cadre des préparatifs pour la fête du Trône, diffusait ce “Mawal” en introduction à l’annonce des concerts.

Ainsi, raconte El Idrissi, le miracle a eu lieu : « Nous étions à Oujda pour animer l’un de ces concerts avec la grande chanteuse Naïma Samih, lorsqu’un appel téléphonique du palais royal est arrivé, me demandant de me présenter à 18h00 pour répéter ma nouvelle chanson avec l’orchestre de la garde royale, afin de l’interpréter le soir même devant Sa Majesté. »

Il m’a raconté, que Dieu ait son âme, les difficultés qu’il a rencontrées pour se rendre à Rabat depuis Oujda, en compagnie du créateur Bennabdesselam, au point qu’ils sont arrivés très en retard par rapport à l’heure prévue. Malgré cela, et bien qu’ils n’aient pas eu l’occasion de répéter avec l’orchestre royal, Sa Majesté, que Dieu ait son âme, a tenu à écouter la chanson via une bande préenregistrée, et Mahmoud El Idrissi l’a interprétée plusieurs fois devant lui par la suite. Le peuple marocain l’a également chantée avec enthousiasme, surtout lorsqu’il clamait son amour pour la patrie chérie, en entonnant avec sa voix puissante : “Vivez, ô mon pays, vivez, ô mère généreuse, abondante de bien et de bonté”.

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Composition d’un trio musical inventif ayant marqué la fin des années soixante

Traduction d’un article publié dans Akhbar Al Youm en 2018

Lors d’une des soirées musicales que j’organisais presque tous les soirs chez moi, au milieu des années 1960, et alors que nous venions de terminer de répéter la chanson “Fakrouni”, un chef-d’œuvre de la diva Oum Kalthoum, composé par le maître Mohammed Abdel Wahab, nous fûmes surpris par l’observation d’un participant assidu à nos soirées, où mon ami Hassan Kadmiri interprétait avec brio des chansons d’Oum Kalthoum. Il s’agissait du regretté Ali Hadani.

« Avez-vous remarqué, dit-il, le paradoxe développé dans les paroles de cette chanson, où l’on dit une chose et son contraire ? »

« Notez, ajouta feu Ali Hadani, que les deux premières strophes expriment les reproches faits à ceux qui viennent rappeler à cet amant des souvenirs douloureux : “Après avoir cru que j’avais bien oublié, vous venez me rappeler cet amour”. Mais cet amant, qui se lamente, va se révolter dans le dernier couplet en disant : “Comment peuvent-ils me rappeler mon amour ? L’avais-je en fait oublié ? Alors qu’il est plus proche de moi que je ne le suis de moi-même.” Cela ne signifie-t-il pas dire une chose et son opposé ? »

« Que pensez-vous, poursuivit-il, si je transpose cette idée de strophes en opposition dans un poème en dialecte marocain ? »

Pour moi, c’était une observation précieuse venant d’un poète encore dans ses premiers essais de parolier. Je ne m’attendais pas à la prouesse poétique qui allait en découler, car ce parolier en herbe allait nous surprendre lors de la prochaine soirée en nous lisant, avant que nous ne nous séparions au milieu de la nuit, son premier essai : “La blessure étant bien guérie et ayant pensé que mon cœur vous avait bien oublié, voilà qu’ils viennent te rappeler à moi…”.

Le lendemain, je suis arrivé chez moi en retard, à cause de mon travail en tant qu’ingénieur au ministère de l’Industrie ; c’était à la fin de 1966. Mon ami Hassan Kadmiri, qui m’avait précédé à la maison, était en train d’interpréter une mélodie captivante que je n’avais jamais entendue. « Quel est le compositeur de ce merveilleux air ? » lui demandai-je. Il répondit : « Tu aimes vraiment ? » J’acquiesçai. Alors il m’expliqua : « Hier soir, je n’avais pas sommeil, alors j’ai travaillé sur le premier paragraphe de cette chanson. »

Je ne l’avais pas cru, car mon ami Hassan Kadmiri était encore à ses débuts en matière de composition musicale, mais je fus rapidement convaincu de la véracité de ses propos, car les paroles en question étaient bien celles que nous avions écoutées la veille. Cela m’avait conduit à lui dire : « Si tu es capable de produire une telle composition, tu deviendras certainement l’un des grands compositeurs du Maroc. » Et ce fut effectivement le cas.

Il est remarquable que cette chanson, qui fut interprétée par feu Mohamed El Hayani avec une maîtrise exceptionnelle, ait été son premier grand succès. Ainsi, un trio créatif marocain composé d’Ali Hadani, Hassan Kadmiri et Mohamed El Hayani se forma pour nous émerveiller avec différentes chansons qui allaient marquer la fin des années 60. Le parolier feu Ali Hadani utilisa à merveille cette opposition d’idées, notamment dans la chanson “Chaud et Froid”, qui remporta le prix de la meilleure chanson de la saison 1971.

Que Dieu ait en sa miséricorde feu Ali Hadani, ainsi que le regretté chanteur Mohamed El Hayani, et qu’il bénisse et protège mon frère Hassan Kadmiri, celui qui nous a enchantés plus tard par ses compositions, considérées comme des chefs-d’œuvre de la chanson marocaine, telles que “Ma promesse, ô ma promesse”, interprétée par Samira Bensaïd, “Ya Jara Wadina” par feu Naima Samih, et “Ma Takchi Fiya” par Abdelhadi Belkhayat.

Driss Kettani
Ancien ambassadeur

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Lorsque Hassan II aVAIT chargé FEU Mahmoud Idrissi de transmettre son mécontentement au sujet du comportement de trois chanteuses marocaines.

Une des histoires les plus surprenantes que le regretté Mahmoud Idrissi m’a racontées concerne une mission secrète qu’il a reçue de feu Hassan II. Le roi lui avait confié la tâche délicate de transmettre son mécontentement à trois chanteuses marocaines qui avaient selon l avis de SM renoncé à leur identité marocaine en choisissant de chanter exclusivement en dialecte égyptien. Ces trois artistes étaient alors invitées par le roi à participer aux festivités de la fête nationale à Marrakech.

Mahmoud Idrissi raconte : « Sa Majesté m’a chargé d’aller à l’hôtel La Mamounia, de rejoindre l’une des chanteuses dans sa suite, et d’y convoquer les deux autres. Une fois les trois réunies, je devais leur transmettre le mécontentement de SM concernant leur abandon de la musique marocaine au profit du dialecte égyptien, sans leur révéler que j’étais son emissaire. » evidemment feu Mahmoud a exécuté cette mission avec discrétion, comme demandé par le roi. La réaction des chanteuses a été immédiate : deux d’entre elles ont décidé de se retirer définitivement de la scène musicale sans réserve. Quant à la troisième, elle etait prete a faire de meme mais à condition d’être compensée financierement a hauteur de ses revenus annuels qu’elle avait estimés à un certain montant bien élevés. Finalement, les deux premières ont mis effectivement fin à leur carrière jusqu à ce jour, tandis que la troisième a poursuivi sa carrière en Orient, mais en situation de discorde avec feu Hassan 2.

feu Mahmoud El Idrissi , bien qu’il aurait aimé obtenir l’acrd de ces glorieuses chanteuses pour publier cette histoire, m avait expliqué que de ce fait il avait toujours évité d évoquer cette question, même dans les cercles artistiques privés. Pour cette raison j evite aujourd hui de mentionner leurs noms sauf où cas ou je recois leurs autorisassions

Feu Mahmoud m explique que Hassan II s’opposait toujours à l’idée que les créateurs et artistes marocains s’expatrient en Orient pour y adopter leurs cultures . Il se souvient également d’une anecdote racontée par le célèbre chanteur marocain Abdelhadi Belkhayat : lors d’une rencontre en présence de Hassan II, le compositeur égyptien Mohamed Abdel Wahab avait proposé à Belkhayat de venir au Caire pour enregistrer certaines de ses composition. feu Hassan II aurait immédiatement reagi en murmurant à l’oreille de Belkhayat : « je te couperai les jambes si tu vas là-bas »

Cette opposition du roi reflétait son désir constant de voir les Marocains maintenir leur identité, même à l’étranger. Il était également opposé à l’idée que les Marocains de l’étranger participent aux élections locales des pays où ils résident, estimant qu’ils doivent rester Marocains avant tout, peu importe les autres nationalités qu’ils pourraient acquérir.

La proximité de feu Mahmoud El Idrissi avec Hassan II s’est renforcée au fil du temps, au point que le roi lui demandait parfois de rester après les spectacles prives organises au palais pour lui chanter un passage d une chanson qui l’avait particulièrement ému, dédiée à son père feu Mohammed V lorsqu’il était en exil. Ce passage était si émouvant que le roi lui demandait de le répéter à plusieurs reprises, les larmes aux yeux.

Mahmoud El Idrissi m’a également confié comment certaines personnes avaient tenté de ternir sa relation privilégiée avec Hassan II en l’accusant d’avoir vendu l’un des costumes que le roi lui avait offerts. Cependant, il a pu prouver son innocence en lui prouvant qu’il conservait précieusement ces costumes chez lui.

Durant ses multiples séjours a la residence marocaine au Koweït, ma femme témoigne que malgré sa présence prolongée de plusieurs mois feu Mahmoud Idrissi était d’une discrétion absolue, passant la plupart de son temps dans sa chambre sans se faire remarquer. jusqu a mon retour de l ambassade Contrairement à certains artistes que j avais côtoyés, il n’a jamais fait preuve d égocentrisme ou de megalomanie, il ne chantait ses propres chansons lors de nos soirées littéraires et musicales,que porsqu’on le lui demande ,préférant souvent d interpréter des classiques de Mohamed Abdel Wahab, tels que « Cléopâtre », « Al-Gondoul » et « An-Nahr al-Khaled » et autres classiques de sanbati qu’il interpretait d ailleurs à la perfection.

que DIEU ait son ame en miséricorde

Driss Kettani

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Comment « sit oumkaltoum » est venue au Maroc – driss Kettani – Revue Zamane – Mars 2018

histoire de la venue de SAYDA OUMKALTOUM au Maroc

driss Kettani

En ce mois de mars de l’année 2018), cela fait cinquante ans que la célèbre chanteuse égyptienne oum Kulthum est venue au Maroc, où ses trois concerts ont été parmi les plus réussis de sa carrière, aussi bien en Égypte qu’à l’étranger.

Ce qui m’a poussé aujourd’hui à révéler ce qui s’est passé a propos de l’organisation de cette visite, c’est une rencontre récente, lors d’un événement familial, avec un ancien ami, Abdelatif Zayat, que j’avais connu au Caire à la fin des années 1960. Ce dernier m’a rappelé notre présence au concert d oum Kulthum au Caire en septembre 1969, et la conversation que nous avions eue à propos de sa venue au Maroc. Je lui avais raconté comment j’avais été à l’origine de l’idée d’organiser cette visite, comment j’avais suggéré la date de son arrivée, le lieu de ses concerts, le nombre de spectacles, les prix des billets, et plus encore, comment j’avais sélectionné les six chansons qu’elle a effectivement chantées lors de ses trois prestations

Bien sûr, tout cela peut sembler difficile à croire, à tel point que j’avais pris l habitude d éviter d’en parler, même à mes proches et amis

Devant la surprise des personnes présentes, M. Zayat m’a pressé de confirmer la véracité de cette histoire et m a invite avec insistence a publier ces donnees, d’autant plus que nous vivions le cinquantenaire de cette visite

Aussi je profite de cet anniversaire pour consigner ce qui s’est passé pour l’histoire.

En septembre 1967, alors que j’avais environ vingt-cinq ans, je me rendais en Grèce pour assister à une conférence en tant que membre d’une délégation marocaine, étant à l’époque ingénieur d’études au ministère de l’Industrie. Il n’y avait pas de vols directs entre Casablanca et Athènes, j’ai donc etais contraint de passer par Paris et d y passer la nuit. Avant de me rendre à l’aéroport d’Orly pour continuer mon voyage, j’ai rencontré le regretté Taieb Ben yaich au Café de la Paix, accompagné de M. Fernand Lumbroso, que j’avais déjà rencontré au Maroc lors de ses visites répétées.

M. Lumbroso, juif, de nationalité française, né à Alexandrie en Égypte, dirigeait l’une des plus grandes entreprises d’organisation de spectacles en France, qui portait son nom (Spectacle Lumbroso). Chaque fois que je passais par Paris, il me donnait des billets gratuits pour assister à des concerts, spectacles pièces de théâtre.

lors d’une visite à la médina de Rabat en 1966, en compagnie de M. Lumbroso, nous avoins entendu une des chansons d’om Kulthum diffusée par un café. mon interet porte a cette chanson a suscité une conversation entre nous sur “la Dame”, et il a pu constater ma passion pour ses chansons, que je connaissais par cœur.

Alors que j’étais sur le point de le quitter au café de la paix à Paris, M. Lumbroso m’a surpris en me disant : « driss, toi qui adores Umm Kulthum, j’ai une bonne nouvelle pour toi : la Dame viendra à Paris avant la fin de cette année pour chanter à l’Olympia, qui est dirigé par un de mes amis. » J’ai réagi en disant : « C’est impossible, car cela ne fait que quelques mois depuis la Naksa (Juin 1967), comment pourrait-elle penser à chanter ? » Il m’a répondu qu elle avait signé un contrat pour chanter avant la guerre, et bien qu’elle ait cessé de chanter après la défaite, elle était obligée de respecter le contrat, faute de quoi elle devrait payer une amende. Elle a donc décidé de respecter le contrat tout en affectant tous les revenus de ce concert aux œuvres sociales de l’armée égyptienne. Il ajouta : « De toute façon, je t’ai déjà réservé une place pour assister à ce concert programmé pour novembre 1967. »

J’étais ravi d’entendre cette nouvelle, mais je n’ai pas osé lui dire que je n’avais pas les moyens de payer le billet d’avion, qui était très cher à l’époque par rapport à mon salaire mensuel, qui ne dépassait pas les mille dirhams.

Comment pourrais-je alors réaliser mon rêve de voir oum Kulthum ? Assister à ce concert était pour moi une opportunité unique dans une vie, tout comme pour la plupart des Marocains.

Une idée audacieuse m’est venue à l’esprit, et je l’ai proposée spontanément. J’ai dit à M. Lumbroso : « Pourquoi tu n organises pas toi meme des concerts pour elle au Maroc ? »

sa premiere reaction etait negative: « Je n’y ai pas pensé puisque ce ne serait p rentable, en raison du faible pouvoir d’achat des Marocains et du coût élevé du contrat et des frais de transport et d’hébergement de l’orchestre énorme qu’oum Kulthum insiste pour emmener avec elle. »

Je me suis alors mis à le convaincre du contraire. Je lui ai dit : « Je pense que le Théâtre Mohammed V à Rabat a environ deux mille places, et même si le prix moyen des billets est inférieur à celui de l’Olympia, cela pourrait être compensé en organisant trois concerts en une semaine au lieu d’un ou deux. Cela porterait le nombre de billets à environ six mille. Si l’on fixe un prix moyen de 150 dirhams par billet, les revenus pourraient ne pas être très différents de ceux de l’Olympia. » Mon désir de le convaincre m’a conduit à imaginer des détails auxquels je n’avais jamais pensé auparavant. Après avoir fait quelques calculs sur la base des chiffres que j’avais proposés et en tenant compte du contrat signé par Umm Kulthum avec son ami Bruno Coquatrix, M. Lumbroso a commencé à changer d’avis, d’autant plus que je lui ai assuré que, bien que les prix des billets soient élevés par rapport au pouvoir d’achat de nombreux Marocains, leur amour pour Umm Kulthum les pousserait à vendre leurs biens s’il le fallait pour assister à ses concerts.

Alors que je m’apprêtais à partir, M. Lumbroso m’a demandé : « Quand retournes-tu au Maroc ? » Je lui ai répondu : « Dans une semaine. » Il m’a alors dit : « Parle de cette idée à Ali et restons en contact. »

Le « Ali » dont il parlait était Ali Ben Aich, le frère de Taieb present a cette discussion et qui travaillait avec M. Lumbroso dans son entreprise à Paris.

Les regrettés Ali et Taieb Ben Aich étaient les fils du fqih Mohammed Ben Aich, chambellan du roi Mohammed V et du roi Hassan II, décédé en octobre 1966, moins d’un an avant cette rencontre. Il avait été remplacé à ce poste par son fils Ali, qui était très proche du roi Hassan II et avec qui j’entretenais une relation amicale et familiale de longue date.

Dès mon retour au Maroc, lors d’une conversation avec le chambellan Ali Ben Aich, je lui ai raconté ce qui avait été discuté entre M. Lumbroso et moi au sujet d’Umm Kulthum. Je m’attendais à ce que ce sujet ne l’intéresse pas, mais j’ai été surpris par sa réaction. Dès qu’il a entendu parler de l’idée et des détails que j’avais suggérés à M. Lumbroso, il a immédiatement contacté Ahmed Senoussi, alors ministre de l’Information, pour lui annoncer la bonne nouvelle de la venue d’Umm Kulthum au Maroc. Après avoir raccroché, il m’a informé que le ministre avait donné son accord administratif et qu’il informerait le roi de cette bonne nouvelle dès qu’une date serait fixée pour sa venue.

Ainsi, en quelques minutes, l’accord administratif a été donné, comme si nous avions déjà reçu l’accord d’Umm Kulthum pour venir au Maroc, alors que tout cela n’était encore qu’une simple idée. Ma surprise a encore grandi lorsque j’ai entendu le chambellan appeler l’ambassadeur d’Égypte à Rabat pour lui annoncer la bonne nouvelle. Une fois l’appel terminé, il m’a dit : « L’ambassadeur t’attend demain pour obtenir plus d’informations sur la visite, il m’a demandé si cette société avait un représentant au Maroc et j’ai dit oui, pour gagner du temps. » Je lui ai répondu : « Je ne connais rien à propos de la société Lumbroso et je ne suis pas autorisé à parler en son nom. » Il m’a répondu : « Tout ce que tu as à faire, c’est de lui donner n’importe quelle réponse à ses questions, car son intervention ne sera que formelle. »

Je ne pouvais pas refuser, surtout étant donné que j’étais l’initiateur de l’idée et celui qui désirait le plus voir ce rêve se réaliser, et assister à Umm Kulthum chanter en direct devant mes yeux.

Le lendemain, je me suis retrouvé dans le bureau de l’ambassadeur, Hassan Fahmy Abdel Meguid, accompagné de mon cousin Mohammed Al-Muntasir Lebbar, qui m’avait conduit parce que je n’avais pas de moyen de transport. L’ambassadeur était assis derrière son bureau

, notant chaque réponse mot à mot, contrairement à ce à quoi je m’attendais. Il m’a demandé : « Quelle est cette société ? » Je lui ai répondu que son propriétaire était un juif français né à Alexandrie et qu’il avait un lien direct avec le bureau d’Umm Kulthum.

Il m’a ensuite demandé la date de la visite, et j’ai improvisé une réponse, bien que je savais qu’Umm Kulthum serait celle qui fixerait la date en fonction de son agenda, si toutefois elle acceptait de venir. Mais pour lui donner l’impression que le projet avait été bien étudié et que ce n’était pas une simple idée, j’ai décidé d’improviser des réponses précises, en tenant compte de l’indication du chambellan selon laquelle cette réunion ne serait que formelle. J’ai répondu : « Nous proposons début mars de l’année prochaine, car le climat est à cette période très agréable. » L’ambassadeur a réagi avec enthousiasme : « Excellent, excellent, surtout que cela coïncide avec les fêtes nationales. » Il a ajouté : « Il vaudrait donc mieux que la visite ait lieu le 3 mars, pour coïncider avec la Fête du Trône, ce qui réjouira sans aucun doute Sa Majesté. » J’ai remarqué que l’ambassadeur, qui semblait très enthousiaste à l’idée, voyait probablement dans cet événement une occasion de réchauffer les relations entre son pays et le Maroc, qui avaient connu beaucoup de tensions après la guerre des sables avec l’Algérie en octobre 1963.

Il m’a ensuite demandé : « Où chantera-t-elle ? » J’ai répondu sans hésitation, en fonction de ce que j’avais déjà suggéré à M. Lumbroso : « Au Théâtre Mohammed V à Rabat. » « Et dans quelles autres villes ? » J’ai répondu que la société tenait à minimiser les coûts de déplacement, donc elle organiserait trois concerts au même endroit pour limiter les frais de séjour à dix jours. « Donc, elle ne chantera pas à Casablanca, Fès ou Marrakech ? » J’ai répondu que ce n’était pas nécessaire, car les admirateurs d’Umm Kulthum au Maroc sont plus nombreux qu’on ne peut l’imaginer, et qu’ils viendront de tout le pays pour l’écouter.

« Et combien coûteront les billets ? » J’ai répondu, encore une fois en fonction de ce que j’avais discuté avec M. Lumbroso : « Il y aura trois catégories de prix, avec un prix moyen de 150 dirhams, les prix allant de tant à tant en fonction du nombre de places disponibles dans chaque catégorie. »

Après ces questions d’organisation auxquelles j’ai répondu sans difficulté, il m’a surpris avec une question inattendue : « Et quelles chansons va-t-elle chanter ? » Ma première réaction a été de penser à rappeler à l’ambassadeur ce que je savais des magazines égyptiens que je lisais régulièrement, à savoir qu’Umm Kulthum choisissait elle-même les chansons qu’elle allait interpréter et qu’elle tenait ce choix secret jusqu’au dernier moment. Mais pour ne pas donner l’impression à l’ambassadeur qu’il n’était pas informé sur ce sujet, et étant donné que cette discussion était de toute façon formelle, j’ai décidé de lui proposer six chansons qui me sont venues à l’esprit à ce moment-là, pour des raisons que je pourrais expliquer plus tard. J’ai donc dit : « Amal Hayati, Al-Atlal, Fat Al-Mi’ad, Fakkaruni, Rubaiyat Al-Khayyam, Al-Hawa Ghallab. »

Je me souviens encore, et mon cousin Al-Muntasir Lebbar qui m’accompagnait peut en témoigner, que lorsque j’ai proposé la chanson « Al-Hawa Ghallab », l’ambassadeur a cessé d’écrire et s’est levé de son siège. Il s’est approché de moi pour m’embrasser le front, en disant avec étonnement : « Vous connaissez cette chanson ici ? Je ne l’ai jamais entendue depuis que je suis au Maroc. » Je lui ai répondu : « Je suis un grand admirateur d’Umm Kulthum, et je connais par cœur les paroles de ses chansons depuis des années. Cette chanson est écrite par Bayram Al-Tunisi et composée par le musicien Sheikh Zakaria Ahmed. » Il a répondu : « Mon fils, cette chanson est une pure merveille, mais elle n’est pas largement diffusée, même en Égypte. »

Plusieurs semaines après cette rencontre, feu Ali benyaich le chambellan, m’a informé de l’évolution de cette idée, que je n’avais pas pu suivre. À l’époque, il était presque impossible d’appeler Paris en raison du coût élevé des appels téléphoniques.

Le chambellan m’a dit : « Tout a changé suite aux ordres de Sa Majesté le Roi. » Lorsque le ministre de l’Information Ahmed Senoussi a informé le roi de la venue prochaine d’Umm Kulthum au Maroc, et que c’était une société française qui organiserait ces concerts, le roi a répondu qu’il était inconcevable de faire appel à une société étrangère pour organiser un événement que nous pouvions organiser nous-mêmes.

Ainsi, à la demande du ministère de l’Information, et dans des circonstances que j’ignore, le nom du contractant a finalement été changé, et il a été demandé à M. Lumbroso de se retirer, peut-être en échange d’une compensation.

C’est ainsi que je me suis retrouvé éloigné des détails restants de cette opération en raison de ce changement soudain d’organisateur.

À l’époque, je n’étais pas informé du montant du contrat auquel M. Lumbroso avait accepté après avoir échangé des propositions avec les représentants d’Umm Kulthum, mais j’ai appris de M. Ali Ben Aich qu’un montant équivalent avait été ajouté en dehors du contrat, car ce dernier ne comprenait pas la diffusion télévisée, ce qui a permis aux Marocains de voir Umm Kulthum chanter en direct au Théâtre Mohammed V.

Étrangement, le destin a voulu que je ne puisse pas assister au premier concert, que j’ai suivi à la télévision chez mon oncle, car j’avais appris trop tard que je ne pouvais pas accompagner le chambellan pour des raisons de sécurité, et je n’avais pas réussi à acheter un billet même au marché noir. Heureusement, mon oncle, le regretté Hafid Lebbar, avait plusieurs billets et m’en a donné deux pour les deux concerts restants.

J’ai été impressionné et étonné en regardant le premier concert à la télévision de voir qu’Umm Kulthum avait chanté « Amal Hayati » et « Al-Atlal », comme je l’avais suggéré à l’ambassadeur égyptien. J’ai pensé que c’était peut-être une coïncidence, car ces deux chansons étaient alors extrêmement populaires.

Mais ma surprise a été grande lorsque j’ai assisté aux deux concerts restants, où elle a chanté « Fat Al-Mi’ad » et a repris « Al-Atlal » lors du deuxième concert, et a chanté « Rubaiyat Al-Khayyam » et « Al-Hawa Ghallab » lors du troisième concert. J’ai alors conclu que le rapport que l’ambassadeur avait envoyé à son pays avait été pris en compte. Cette conviction a été confirmée lorsque j ai rencontré par hasard mr l ambassadeur lors du troisième concert pendant l’entracte, où il m’a dit : « Félicitations, la Dame va chanter ta chanson. » Et c’est effectivement ce qui s’est passé.

En retournant dans la salle, l’orchestre a commencé à jouer « Al-Hawa Ghallab », et la réaction du public a été très enthousiaste, bien plus que lors de l’interprétation de « Fat Al-Mi’ad » ou même de « Rubaiyat Al-Khayyam ». Au lieu de chanter cette chanson en environ trente ou quarante minutes pour ensuite interpréter « Fakkaruni », Umm Kulthum, emportée par l’enthousiasme du public, a continué à chanter et à improviser, s’abandonnant totalement à la musique et aux paroles, répétant « Ya qalbi ah el-hob warah ashjan wa alam, andam wa atoub wa ala el-maktoub mayfish nadam », portant la durée de la chanson à près d’une heure et quart.

Évidemment, Umm Kulthum n’a chanté qu’à Rabat dans le cadre du contrat, et lorsqu’elle a chanté à Marrakech au Casino de Saadi, c’était lors d’un concert privé pour la cour royale, en réponse à l’invitation du roi.

Quant au fait qu elle n avait pas chanter « Fakkaruni » lors du deuxième concert, préférant reprendre « Al-Atlal », j’ai appris plus tard du chambellan que c’était à la demande du prince Moulay Abdellah, qui l’avait implorée avec insistance, quelques minutes avant d’entrer sur scène, de répéter « Al-Atlal ». Elle avait promis de le faire sans répéter les couplets, ayant déjà chanté cette chanson quatre jours auparavant sur la même scène, afin de pouvoir ensuite chanter « Fakkaruni ». Cependant, une fois de plus, l’enthousiasme du public et son insistance l’ont amenée à interpréter la chanson avec encore plus d’improvisation et d’émotion que lors du premier concert.

Malheureusement, aucune de ces enregistrelents video n est disponible aux archives de la télévision marocaine depuis 1972 et aucune autre copie n est diffusee sur les reseaux sociaux ou autres chaines de television

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